L’expérimentation animale est loin d’être finie en France. Le projet de Centre National de Primatologie (CNP) porté par le CNRS sur le site de Rousset (Bouches-du-Rhône) prévoit de tripler les effectifs de primates hébergés à des fins de recherche biomédicale, en créant notamment une colonie de macaques cynomolgus (Macaca fascicularis), une espèce classée « En danger » par l’UICN. Ce projet suscite depuis 2023 un débat croissant au sein de la communauté scientifique et au-delà. Une analyse des scientifiques Virginie Courtier-Orgogozo (biologiste évolutive, CNRS), Roland Cash (médecin et chercheur en santé publique) et Cédric Sueur (éthologiste, Université de Strasbourg).Le projet de Centre National de Primatologie (CNP), implanté sur le site de la Station de Primatologie du CNRS à Rousset, près de Marseille, vise à constituer une capacité nationale d’élevage de primates non humains (PNH) destinés à la recherche biomédicale. Sont prévus l’acquisition de plusieurs centaines de reproducteurs macaques cynomolgus (Macaca fascicularis) d’ici 2030, pour un montant maximum contractualisé de 10 millions d’euros, et l’agrandissement des locaux, financé par le plan d’investissement France 2030 (30 millions d’euros), de manière à ce que le Centre devienne en capacité d’élever 1800 primates sur site. Le but est que le CNP puisse vendre 250 primates par an aux laboratoires académiques français à partir de 2032.
Ce projet se déploie dans un contexte sociétal, économique, réglementaire, scientifique et éthique qui évolue : reconnaissance des capacités cognitives et émotionnelles avancées et comparables aux humains chez les primates, opposition de plus en plus marquée de la société à leur utilisation pour la recherche académique, exigences spécifiques de la réglementation en matière d’utilisation des primates non humains à des fins scientifiques, développement rapide de méthodes alternatives à l’expérimentation animale, coût relativement élevé du modèle PNH, restrictions budgétaires, tensions internationales, montée en puissance de la Chine en matière de recherche sur les primates.
Ces évolutions invitent à une analyse rigoureuse de la pertinence et de la temporalité d’un tel investissement.
A rebours de la réduction de l’expérimentation animale
C’est dans ce contexte que la France présente une trajectoire atypique : selon les données déclarées pour 2022, elle est le seul État membre à utiliser des vervets – des singes africains – (51 utilisations, en hausse de 1 600 % depuis 2021) et affiche une augmentation de 83 % des utilisations de babouins sur la même période. Ces chiffres interrogent la cohérence entre les engagements affichés et les pratiques observées.Photo
: macaque cynomolgus
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