Photographes animaliers

MILLET-DELPECH Emmanuel

Né en 1996, j'ai grandi au cœur du Parc National des Cévennes, un décor à l'état brut entre massifs granitiques et vieilles forêts de hêtres. Très vite attiré par le côté artistique de la nature, j'ai commencé à capter en image les instants éphémères s'offrant à moi, en m'immergeant dans l'intimité des animaux sauvages, les uns marchant, les autres volant.

Fasciné par le monde vivant des climats froids, des Cévennes aux Alpes, ou encore de la France à la Scandinavie, je pars trouver l'inspiration dans les grands espaces reculés de l'Europe.

À travers mon travail, je cherche à montrer la beauté qui m'entoure, ses mystères et sa force. Ma démarche consiste à réaliser des images simples et authentiques, à intégrer le sujet choisi dans son environnement, quitte à le suggérer, pour mieux représenter cette unité qu'est la nature.

INTERVIEW

Votre rapport avec la faune

Quel parcours jusqu'à l'animal sauvage et la photographie ? Très tôt captivé par le monde qui nous entoure, j’ai commencé par prendre en photo tout animal que je voyais à côté de la maison.

Dès lors, cette passion ne m’a jamais quitté. Je me suis ensuite orienté vers des études de biologie et d’écologie dans le but de pouvoir travailler sur mon terrain de jeu habituel, mais avant tout pour étudier et protéger tout ce qui est vivant.

Un maître à penser ?  Etant très attiré par le côté artistique de la photographie, les images de Vincent Munier m’inspirent beaucoup pour la poésie qu’elles dégagent.

J’admire également le travail de Michel d’Oultremont, Jérémie Villet, Marco Ronconi ou encore Martin Dellicour pour n’en citer que quelques-uns.

Une œuvre marquante ?  J’ai eu un véritable coup de foudre pour la photographie animalière à l’âge de 11 ans.

Lors de mes toutes premières sorties nature avec un guide du village sur les plateaux du Mont Lozère, nous étions allés écouter le brame du cerf pendant tout un week-end.

Le soir, dans la cabane où nous allions passer la nuit, qui était en fait le four (en pierre granitique) d’un hameau traditionnel, un photographe animalier vient nous rendre visite et nous montre ses photos de la journée.

J’ai voulu vivre ces moments aussi intenses en l’entendant nous raconter et nous montrer ce qu’il avait vu, cette proximité avec le monde sauvage.

Une belle rencontre / émotion avec la faune ? Alors que je guettais l’arrivée des bouquetins au milieu d’une tempête hivernale, une meute de 9 loups vient percer le rideau blanc du brouillard.

Ils passent à quelques centaines de mètres en-dessous de moi jusqu’à disparaître de la même façon qu’ils sont arrivés.  Pendant quelques minutes l’émotion est à son comble. Ils courent, se traquent et jouent entre eux, s’arrêtent pour vérifier que la voie est libre, s’enfoncent dans la neige profonde.

Merci les loups !

Si j'étais un animal sauvage ? Sans nul doute un loup, pour le coté sauvage et libre qu’il incarne, peuplant des grands territoires et pour son mode de vie, solitaire et social à la fois.

Les oiseaux me fascinent aussi car ils sont libres comme l’air, sans aucune frontière.

Un animal disparu qui reviendrait ? Le mammouth laineux, si emblématique de l’âge glaciaire.

Un animal fantastique qui existerait ? Le dragon. Ce serait vraiment dingue de faire un affût au dragon avec une combinaison anti-feu !

Photographie animalière

Votre photo à laquelle vous tenez particulièrement ? Ma première photo de cerf à l’âge de 12 ans, lorsqu’au pied d’un vieux hêtre à l’affût, au coucher du soleil, un cerf majestueux s’approche d’un pas lent et sûr vers une souille.

L’appareil que j’avais à l’époque était une vraie antiquité, en revoyant les photos maintenant j’ai l’impression que le cerf avait un masque à gaz monofiltre tellement elles sont pixélisées.

La photo animalière d’un confrère que vous auriez aimé prendre ? Il y en a tellement… mais pour faire écho à ce que j’ai déjà dit auparavant, je dirais le loup blanc arctique de Vincent Munier. Ce sont des conditions extrêmes, mais la beauté en vaut la peine.

Et la technique : frein ou atout ? C’est d’abord un atout, mais la photographie ne doit pas se résumer seulement à la technique. Une belle image ne se fait pas grâce à l’appareil, mais grâce au temps passé sur le terrain et à l’œil du photographe.

Votre « terrain de jeu » préféré ?La montagne, que ce soit chez moi dans les Cévennes ou un peu plus loin dans les Alpes, je prends toujours autant de plaisir à découvrir ce terrain de jeu avec ses habitants.

Le voyage à faire absolument avant que le rideau de l’obturateur ne se ferme définitivement ? L’Alaska a longtemps nourri mon imaginaire, avec ses immensités vierges et sa faune emblématique

Des conseils ?D’abord la patience, la nature ne se commande pas, et quelle satisfaction quand ce qu’on souhaitait arrive enfin après maintes tentatives !

Ensuite l’apprentissage du terrain, observer la nature et apprendre à la connaître sans la déranger.

Biodiversité

Des urgences ? Tout est urgent, sans même aller chercher très loin, la France contribue au dépassement de six des neuf "limites planétaires" !

Des émissions de CO2 toujours trop élevées, l’érosion de la biodiversité, la perturbation du cycle de l’azote et du phosphore, la contribution à la déforestation mondiale, l’acidification des océans et la surutilisation des ressources d’eau douce.

Une association de protection à mettre en avant ? Je n’ai pas de suggestion à faire en particulier, cependant chacun doit je pense soutenir une association qui lui tient à cœur pour faire évoluer les choses dans le bon sens.

Une suggestion pour sensibiliser le grand-public ? Renouer le contact avec la nature. Nous sommes trop déconnectés de la vie (ou trop connectés devrais-je dire) !

Si tout le monde passait plus de temps dans la nature, personne ne voudrait que « son petit chez soi » disparaisse.

Plutôt optimiste ou pessimiste pour la suite ? C’est difficile d’être optimiste quand on voit comment tourne le monde actuellement. Mais on doit y croire !

Comme le disait Antonio Gramsci « Pessimisme : lucidité – Optimisme : volonté ».

Pour conclure ?

Ne pas oublier que l’image reste un outil très puissant pour sensibiliser autrui. Certains décident de témoigner avec des images chocs pour alarmer, d’autres choisissent de montrer le beau pour donner espoir. Les deux sont nécessaires.

Et un grand merci pour cette interview !

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