Je vis aujourd’hui en Corrèze, une région magnifique et préservée, où je propose des stages de photographie nature, tout en poursuivant mon engagement pour la protection de la faune et de la biodiversité. Mon action sur le terrain est au cœur de mon travail : observations de terrain, suivi des populations animales, accompagnement de projets de conservation, et sensibilisation des participants à un comportement respectueux envers la nature. Mais mon histoire avec la nature sauvage et la photographie remonte à bien plus loin, bien avant que ce métier ne devienne mon quotidien.
Aux origines : entre désert et argentique
C’est dans le sud de l’Algérie, aux portes du désert, que tout a commencé. Enfant, je vivais avec mes parents, enseignants français engagés dans la coopération. Le silence infini, les lumières changeantes du Sahara, le vent et la vastitude des dunes… autant d’expériences sensorielles et spirituelles fondatrices qui ont façonné mon regard sur le monde.
La photographie est entrée dans ma vie grâce à un cadeau de mon parrain : un reflex argentique. Mon père, lui-même passionné, m’a ensuite transmis son Nikon. Ensemble, nous avons commencé à immortaliser les ambiances du désert, les rencontres humaines, la faune discrète. Ces premiers clichés m’ont appris à observer avant de photographier, à respecter le sujet et son environnement. Formée en autodidacte à la technique – composition, filtres, lumière – j’ai rapidement rejoint un club photo, où j’ai affiné mes compétences et trouvé ma voie.
La quête des grands espaces
Depuis l’enfance, les grands espaces m’appellent. Cette fascination m’a d’abord conduite à un doctorat en préhistoire et histoire ancienne, puis à partir à la rencontre du monde. J’ai vécu dans plusieurs pays, exploré différentes cultures, avant de m’installer pendant 11 ans en Amérique du Nord, une terre de contrastes et d’émotions intenses.
Au Canada puis dans l’Ouest américain, j’ai retrouvé les paysages minéraux qui me touchent profondément : canyons rouges de l’Utah et de l’Arizona, forêts profondes du Canada, dunes du Nevada, plaines ouvertes peuplées de loups, ours et lynx. Là-bas, ce qui n’était d’abord qu’une passion est devenu un métier : j’ai organisé des voyages photo nature, avec une approche éthique et naturaliste avec différentes agences de voyage.
Parmi tous les lieux qui m’ont marquée, les slot canyons occupent une place à part. Ces gorges étroites, sculptées par l’eau et le temps, situées sur le territoire sacré des Navajos, sont des espaces de recueillement et de cérémonies. Leur spiritualité repose sur le concept de hozho – l’équilibre, la beauté et la paix intérieure. Chaque visite transforme le regard et élargit la perception du monde. Cette quête de l’harmonie avec la nature reste au cœur de mon approche photographique.
En Corrèze, au milieu des forêts, brumes et rivières sauvages, je retrouve cette même sensation d’émerveillement et de lien profond avec le vivant.
Photographe de la nature, pas du trophée
Appareil photo en main, sac à dos sur les épaules, j’ai exploré les cinq continents, toujours guidée par une quête d’authenticité et de lien avec le sauvage.
Depuis mon retour en France en 2014, je me suis recentrée sur des projets locaux et sobres, respectueux de l’environnement. J’ai continué à organiser des voyages photo nature avec différentes agences, tout en développant mes propres stages et formations naturalistes en Corrèze.
En 2025, après plus de 30 ans de voyages et de vols long-courriers, j’ai fait le choix conscient de ne plus encadrer de circuits photos à l’étranger. Cette décision reflète mon engagement pour réduire l’impact environnemental et pour recentrer mon énergie sur la transmission, la sensibilisation et l’action locale.
Mon énergie est désormais entièrement tournée vers :
- formations naturalistes basées sur l’éthologie,
- stages photo éthiques,
- sensibilisation à la biodiversité,
- et mon rôle de consultante RSE biodiversité, pour aider entreprises et institutions à intégrer la protection de la faune dans leurs pratiques.
Éthique et dérives dans la photographie animalière
Depuis mes débuts, je considère que la photographie animalière doit être au service de la nature, jamais de la vanité ou du “trophée photographique”. Sur le terrain, j’observe et je capture la faune sans perturber son comportement, sans approches invasives et sans exploitation de l’animal ou de son habitat.
Malheureusement, de nombreuses dérives persistent, notamment lors des voyages photo :
- appâtage des animaux pour obtenir des clichés spectaculaires,
- approche intrusive ou bruyante,
- sur-fréquentation de zones sensibles,
- publication de photos pouvant encourager la chasse ou la capture illégale.
Ces pratiques compromettent le bien-être des animaux et la qualité des habitats. Face à cela, j’ai toujours essayé de sensibiliser mes stagiaires et voyageurs : respect du rythme des animaux, utilisation de longues focales, patience et discrétion, et refus de tout artifice qui pourrait mettre en danger le vivant. L’éthique guide chacun de mes projets. Mon objectif est de transmettre des émotions et une conscience écologique, plutôt que de créer des images sensationnelles.
La quête de l’instant parfait
Mes thèmes de prédilection sont la photographie de paysage et animalière, indissociables à mes yeux. La lumière, notamment à l’aube et au crépuscule, m’inspire profondément. Chaque image est composée lentement, dans l’écoute du vivant, avec pour objectif un équilibre visuel et émotionnel.
Se perdre dans une forêt, suivre les traces d’un animal, croiser le regard d’un loup, contempler le silence d’un lac gelé ou les teintes pastel d’un lever de soleil… ce sont ces instants précieux et éphémères que je cherche à capturer et partager.
Mais au-delà de l’esthétique, il y a une responsabilité profonde : rien ne vaut de déranger l’animal ou son biotope. Chaque être vivant a son rythme, ses besoins et ses refuges, et notre présence doit être discrète et respectueuse. La photographie animalière n’est pas une conquête ni un trophée ; c’est un moyen de tisser un lien avec la vie sauvage, de comprendre ses équilibres et de transmettre cette conscience aux autres.
Il est temps de cesser de considérer la nature comme un bien de consommation, un décor ou un objet à exploiter pour notre plaisir visuel ou nos réseaux sociaux. Les paysages et les animaux ne sont pas des produits à photographier à tout prix. Chaque image doit refléter le respect du vivant, la patience, l’observation et l’humilité devant la complexité de la vie sauvage.
Pour moi, la quête de l’instant parfait n’est pas la perfection technique ou l’exploit spectaculaire, mais le moment où le photographe et le vivant se rencontrent dans le respect et l’harmonie, un instant fragile à préserver, à contempler et à partager avec conscience.




