Photographes animaliers

ZUNINO Fabien

Nous nous sommes croisés à Ménigoute 2021, c'était l'occasion d'en apprendre un peu plus sur Fabien dont les images nous embarquaient vers des mondes naturels de rêve.

©Adrien LESAFFRE

Quelques semaines plus tard, Fabien nous en dit plus sur son cheminement : milieux visités, espèces croisées, participation à des salons, publications d'ouvrages...

Voir :

- des photos en plus ICI

- des publications : ICI

- des expos : ICI

 

et son dernier ouvrage

En suivant Fabien Zunino sur les traces du renard polaire et du lagopède alpin, son beau livre nous permet de croiser une cinquantaine d’espèces animales, sédentaires ou de passage.+ d’info : http://www.omniscience.fr/collections/Nunataks-11/ISLANDE--Souffles-de-vie-89.html

photo d'ouverture du portrait : ©Nicolas DEVILLERS

INTERVIEW

Votre Parcours en quelques mots ? Les Basses Vallées angevines et la Loire qui ont été le territoire de fréquentes parties de pêche avec mon père puis de ma pratique du canoë, sont indissociables de mon enfance angevine.

©fabienzunino2013

Je peux même dire que les prairies alluviales inondables ont été le limon fertile de ma curiosité pour le monde du vivant.

Le chant du loriot dans la ripisylve, la flagrance de la menthe pouillot, l'émergence enchantée des tapis printaniers de fritillaires pintade, le "crex" énigmatique du râle des genêts et la découverte d'une flore ligérienne installée sur les bancs de sable brulants de fin d'été résument les ambiances sonores, odorantes, visuelles et tactiles qui ont éduqué mes sens.

A 13 ans, un premier reflex en main, j'ai débuté la photographie en N&B. Rapidement j'ai appris à développer mes premières images issues de ma pratique du kayak en eau-vives et de mes premières herborisations. La végétation m'a toujours fascinée, mais chemin faisant, la faune a détourné mon objectif. Après de nombreuses années en diapositive, j'ai adopté le numérique pour continuer cette aventure photo[sensible].

A 56 ans, en naturaliste amateur, je pratique une photographie au fil de rencontres que je souhaite sensibles et esthétiques.

Vos actions en cours et à venir  ? Depuis le début de cette période d'incertitude sanitaire, j'ai resserré le rayon géographique de mes observations. Occasion d'approfondir mes connaissances sur les habitants de mon jardin.

Une aventure plus intérieure réunissant la poésie de mon amie Alice - qui compose des haïkus - et mes photographies me tient à cœur. Histoire à suivre…

Voyages rimant avec découvertes, je réfléchis aussi à de nouveaux projets en veillant à prendre le temps. Et pourquoi pas un voyage sur une période de plusieurs mois ?

Quels sont vos maîtres à penser, vos références culturelles ?  Pas facile de répondre, tant ils sont nombreux.

L'entomologiste Jean-Henri Fabre pour sa curiosité, sa passion, son éclectisme. Pour les mêmes raisons, j'admire le travail de Théodore Monod et de Jean Marie Pelt.

 

            Jean-Marie Pelt                             Théodore Monod                  Jean-Henri Fabre

Robert Hainard pour son art de graveur, sa réflexion sur le sauvage.

Des écrivains nord-américains comme le contemplateur naturaliste John Muir ou le forestier Aldo Leopold.

    

               John Muir                                                       Aldo Leopold

François Terasson qui nous interroge sur notre besoin de dominer la "Nature".

Des philosophes, le norvégien Arne Næss père de l'écosophie

et Baptiste Morizot qui nous repositionnent à une place plus raisonnable dans le monde du vivant.

©jdd.fr

Bien évidement des photographes dont j'admire la démarche et la beauté de leur clichés. La liste ne pouvant être exhaustif, je souhaite citer Vincent Munier pour son émerveillement communicatif et la grande sensibilité dégagés par ses estampes photographiques.

Diplômé d'un doctorat de chimie médicinale, certains de ces auteurs ont motivé mes premiers pas pour des études scientifiques. Au gré des lectures, ils accompagnent mes réflexions et me nourrissent pour entretenir, tant que possible, une relation sensible avec le vivant.

Pourquoi cet intérêt / cette attirance pour le sauvage ? La solitude, qui n'en est pas vraiment une, me permet de me ressourcer. Ressentir la présence d'un animal encore libre, partager – même quelques instants – son biotope reste un acte de ressenti profond avec mes origines organiques, mes racines non humaines. Ainsi, les rencontres avec le sauvage, les moments d'observation, de contemplation, et l'émerveillement qui en découlent sont essentiels à mon équilibre tant psychique que physique.

Si vous étiez un animal sauvage (un ou deux), le(s)quels? Peut-être plutôt une plante pour le côté autotrophe et autosuffisant en énergie.

Sinon, la sterne arctique – incroyable migratrice - qui avec moins de 40 g parcours pratiquement quatre allers-retours Terre-Lune durant sa vie.

©fabienzunino2914 (Islande)

La ou les deux plus belles rencontres / émotions de rencontre de vie/faune sauvage ? En février 2015 dans les dernières heures d'un séjour avec un ami dans une sierra andalouse. Cela faisait 7 jours que nous scrutions le matorral aux jumelles. Certains cailloux devenaient vivants tant notre esprit espérait sa rencontre. 

                        Lynx pardelle, ©fabienzunino

Un feulement trahis sa présence. Il est là en face de moi. Il m'observe, il est chez lui le lynx pardelle. Dans un mimétisme parfait son pelage se confond au rocher sur lequel il est posé. 25 minutes en tête à tête, puis il disparait comme il est arrivé : par magie. Le temps est suspendu et l'enchantement demeure.

Slovénie ©fabienzunino2010

Plusieurs années avant, dans une forêt slovène non loin de la Croatie, je suis en affut nocturne. Installé dans la cabane d'un mirador tous mes sens sont en éveils. Il fait chaud, trop chaud. La nuit risque d'être longue surtout que j'ai décidé de laisser le nid de guêpe qui partage mon affut. Sangliers, cervidés, renards, blaireaux me font l'honneur de passer. Mais ma présence est motivée par le Medved, le mangeur de fraise ! La nuit tombe. A la frontale, je relis le passage sur l'ours du guide des mammifères de Robert Hainard. Je découvre avec stupéfaction que je suis dans le massif forestier où un demi-siècle plutôt il observa son premier ours slovène.

©fabienzunino

Je ne sais plus si c'est dans mes rêves mais il est là, sous mon perchoir. Il fait trop noir, je ne vois rien. Le matin en reposant le pied sur terre je découvre de très belles empreintes toutes fraiches du plantigrade. Il était bien là. Je ne l'ai pas vu mais quelle rencontre !

Votre/vos lieux de nature préféré ? Seconde immersion dans l'hémisphère australe, j'ai eu la chance de me rendre en Patagonie chilienne. Tout était différent : le ciel, la flore, la faune… 

Les noms de Magellan, Darwin, Chatwin raisonnaient en moi.

Pamis les rencontres, le condor des Andes, le puma, le renard gris de Patagonie, le pic de Magellan et aussi les innombrables calcéolaires que je ne connaissais que dans les pots des jardineries de mon hémisphère. Je rêve d'y retourner.

Il y a d'autres lieux. Je citerai l'Islande, les Abruzzes en Italie, sans oublier de multiples endroits en France et tout particulièrement les zones de moyennes montagnes, 

Entre le volcan Eyjafjallajökull et le glacier de Mýrdalsjökull - fabienzunino16/07/2014

Le lieu mythique où vous rêvez d’aller ? Sans hésitations, les tepuys du Venezuela pour découvrir ces ilots de diversité avec un endémisme de folie. Le monde perdu de Conan Doyle. Observer in situ des héliamphora, brocchinia, utriculaires épiphytes et drosera. Toutes sont des plantes carnivores souvenir d'une passion d'enfance.

Et aussi en forêt tropicale, posé sur la canopée comme Francis Hallé avec son radeau des cimes.

L’œuvre qui vous semble symboliser le mieux votre parcours ? Mon activité de photographe naturaliste m'a conduit à écrire quelques articles et un ouvrage, "Islande – souffles de vie", avec mon ami Philippe Garcia.

Par ailleurs, mes images illustrent des ouvrages et revues d'associations naturalistes.

Espaces de culture et de médiation scientifiques, lieux hospitaliers, restaurants, bibliothèques, ma librairie favorite la Bruyère Vagabonde à Poitiers et salons animaliers accueillent mes images. A chaque fois j'essaie tant que possible d'associer beauté et connaissance.

Quel matériel et quelles techniques utilisez-vous pour rencontrer la vie sauvage ? D'abord lire de façon boulimique, sur une espèce, son milieu. Préparer ainsi mon intrusion dans un nouvel environnement. Jumelles et/ou longue vue, cartes, guides spécifiques, un bon bouquin et l'indissociable lampe frontale, une tablette de chocolat, un sachet de fruits, ma vieille gourde en métal, mon réchaud, quelques sachets de thé noir et un sac photo souvent trop lourd et encombrant.

J'aime tous les moments. Avant, pendant, après. Généralement l'horloge est absente.

Un conseil au débutant dans votre activité ? Se renseigner, rester curieux. S'imposer de déranger le moins possible, rester observateur. Attendre avant de déclencher. Savoir poser le boitier pour admirer.

Un animal disparu revient, lequel ? Le pigeon migrateur du continent américain victime de notre soif aveugle d'extermination.

©fabienzunino

Pour se sentir plus léger, peut-être plus sapiens.

Une urgence pour la vie / la faune sauvage ? Zéro pesticide - Zéro chasse dite de "loisir", ou de fallacieuse régulation - Arrêter la folie du béton

Une initiative prise ou à prendre en faveur de la faune sauvage, laquelle ? Manger bio, cultiver mon potager. Réfléchir sur l'impact environnemental et social de mes actes quotidiens.

Une association qui vous tient à cœur ?  Les associations de connaissances naturalistes qui œuvrent au quotidien autour de nous. Dans mon département, Vienne Nature et la LPO sont de très bons exemples pour l'étude, la vulgarisation et la transmission des connaissances. Leurs actions quotidiennes sur le terrain sont importantes pour protéger les milieux et leurs habitants (faune/flore).

Je ne crois pas que l'on peut préserver sans connaitre.

Pour conclure, vous disparaissez ce soir, qu’aimeriez-vous laisser comme message aux autres ?

Laisser mes atomes de carbone, d'hydrogène et d'oxygène nourrir le vivant. Que le cycle de la vie perdure sans oublier que sur notre belle planète bleue l'aventure de l'homme est ridiculement petite à l'échelle de l'aventure du monde vivant.  

DISTINCTIONS

EXPOSITIONS ET PARUTIONS

Menigoute 2021 : exposant

33èmes journées photographiques de Montamisé (2019) : Invité d’honneur  : https://www.3oeilmontamise.com/index.php/les-journees-photographiques/ avec une expo sur la Patagonie chilienne

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