La baie de San Francisco, nouveau cimetière des baleines grises

En modifiant leurs habitudes alimentaires, le climat oblige les baleines grises à explorer de nouveaux territoires, parfois très fréquentés, comme la baie de San Francisco. Près d’un cinquième d’entre elles y perdent la vie.

ces majestueux cétacés quittent les eaux de l’océan Arctique, entre l’Alaska et la Sibérie, pour rejoindre les lagunes de Basse-Californie, au Mexique, en suivant des routes bien connues des scientifiques. Le plan semble bien rôdé, et pourtant ! Aujourd’hui, certains de ces mammifères marins apparaissent dans des zones inattendues, bien loin de leurs corridors migratoires, comme la baie de San Francisco.

La faute au réchauffement climatique, selon un groupe de scientifiques qui vient de publier une étude à ce sujet, lundi 13 avril dans la revue Frontiers in Marine Science.

La baie de San Francisco, un piège pour les baleines

Ces douze chercheurs américains ont découvert que des baleines grises s’aventurent désormais dans des zones dangereuses parce qu’elles sont en manque de nourriture. Malheureusement, la majorité n’en repart jamais. Entre 2018 et 2025, 114 baleines ont été observées dans la baie de San Francisco. Près de 20% d’entre elles sont mortes sur place, principalement à cause de collisions avec des bateaux. Ce chiffre est porté à 40% si l’on prend en compte les décès survenus plus tard dans la région, à la suite des blessures et traumatismes causés par les navires.

« Les baleines grises sont à faible profondeur lorsqu’elles nagent près de la surface, ce qui les rend difficiles à repérer par temps de brouillard, fréquent dans la baie de San Francisco. De plus, il s’agit d’une voie navigable très fréquentée et l’étroit détroit du Golden Gate constitue un point de passage obligé pour tous les navires et les baleines qui veulent entrer ou sortir », explique l’auteure principale de l’étude, Josephine Slaathaug.

Un suivi et une sensibilisation

Avec le changement climatique, les proies se raréfient. Les baleines grises arrivent de l’Arctique affaiblies et affamées. C’est pour ça qu’elles feraient « une sorte d’escale d’urgence » en dehors des chemins tracés, comme la baie de San Francisco.

En 2025, 36 baleines sont encore entrées dans la baie, parfois plus de 10 individus à la fois. Des études ciblées et davantage d’autopsies permettraient d’établir si le taux de mortalité élevé parmi ces animaux est principalement lié aux collisions avec des navires dans la zone ou à la famine. Ou bien si les deux sont liés puisque les baleines affamées sont peut-être moins susceptibles d’éviter les bateaux. « Nous n’avons pas encore une vision complète. C’est seulement une première pièce du puzzle », concède Bekah Lane, une autre auteure.

Des programmes de sensibilisation pour les exploitants de navires commerciaux ou la modification des itinéraires des ferries pourraient s’avérer utiles pour protéger ces animaux.

Source : GEO

Image : Philippe Guerlet