Les navires, un vecteur qui accroit le risque d’espèces invasives en Antarctique

Des scientifiques ont étudié l’impact des navires de pêche, de tourisme et de recherche sur les écosystèmes de l’Antarctique. Selon leur étude, ce trafic augmenterait le risque de transport d’espèces invasives sur les côtes fragiles du continent blanc.

L’Antarctique est l’une des régions les plus isolées et les plus préservées au monde. Mais elle n’échappe pas aux menaces qui pèsent sur le reste de la planète. Comme l’Arctique, le continent blanc se réchauffe bien plus vite que les autres régions face au changement climatique. Et les espèces invasives pourraient bientôt allonger la liste des pressions liées aux activités humaines.

C’est ce que révèle une étude publiée ce mois-ci dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences. Ces travaux suggèrent que les navires qui voyagent chaque année jusqu’en Antarctique augmenteraient le risque d’introduction d’espèces invasives au sein des écosystèmes fragiles du continent.

« L’océan Austral en Antarctique abrite un biote unique et représente la seule région marine où aucune invasion biologique n’est connue« , expliquent les auteurs dans leur rapport. « Mais la hausse des activités maritimes augmente la pression » liée aux espèces introduites dans des milieux dont elles ne sont pas originaires, poursuivent-ils.

Plus de 1.500 ports connectés à l’Antarctique

En rassemblant des données, les chercheurs du British Antarctic Survey et de la University of Cambridge ont déterminé que plus de 1.500 ports sont connectés à travers le monde à l’Antarctique. Et les navires qui en partent ne se contentent pas de réaliser de simples allers-retours entre leur port de départ et les côtes du pôle Sud.

Ils « voyagent partout dans le monde », a souligné auprès de BBC News Arlie McCarthy, chercheuse à la University of Cambridge qui a dirigé les recherches. « Cela signifie que quasiment n’importe quel endroit peut être une source potentielle d’espèces invasives ». Il suffit qu’une espèce marine s’accroche à la coque d’un bateau et parvienne à survivre au voyage jusqu’en Antarctique.

Ces espèces peuvent « complètement changer un écosystème. Elles peuvent créer des habitats entièrement nouveaux qui peuvent accroître les difficultés des animaux antarctiques à trouver leur propre place pour vivre », a-t-elle continué. En guise d’exemples, l’équipe cite notamment les moules, les crabes ou encore les algues connus pour s’attacher facilement aux navires.

Les moules, par exemple, sont capables de survivre à des eaux très froides et peuvent proliférer rapidement. Or, leur système de filtration d’eau peut altérer la chaine alimentaire sous-marine et la chimie de l’eau qui les entoure. Les algues ont également la faculté de proliférer à grande échelle et de modifier l’écosystème.

« Les espèces natives de l’Antarctique sont isolées depuis 15 à 30 millions d’années », a souligné le professeur David Aldridge de la University of Cambridge et co-auteur du rapport. Donc « le risque de perdre une espèce qui est complètement unique est bien plus élevé en Antarctique », a appuyé le professeur Lloyd Peck du British Antarctic Survey, autre co-auteur.

Renforcer les protocoles de biosécurité

Ce risque accru lié au trafic maritime se couple aux conséquences du changement climatique qui favorisent elles aussi l’arrivée de nouvelles espèces dans les contrées polaires. « Avec la fonte des glaces, de nouvelles voies maritimes vont s’ouvrir », a récemment confirmé dans un entretien à GEO Yohann Soubeyran, chargé de mission espèces outre-mer France au Comité français de l’UICN.

« Cela veut dire des bateaux, des porte-conteneurs, des cargos qui vont emprunter ces nouvelles voies, et qui seront autant de vecteurs d’introduction et de dispersion de nouvelles espèces exotiques, qui étaient jusque-là bloquées par la banquise« , a-t-il décrypté.

D’après l’étude, le tourisme est à l’origine de la majorité du trafic maritime en Antarctique. 67% des navires visitant le continent blanc ont des visées touristiques, 21% des visées de recherche scientifique et 7% sont liées à des activités de pêche. Or, s’il existe bien des protocoles de biosécurité dans le secteur touristique, les chercheurs appellent à les renforcer.

Ils proposent notamment d’inspecter et de nettoyer les coques plus régulièrement. L’Antarctique est « le dernier endroit au monde où nous n’avons pas d’espèces marines invasives. Donc nous avons [encore] une opportunité de le protéger« , a affirmé Arlie McCarthy à BBC News. D’autant plus que ces mêmes navires peuvent être sources d’autres nuisances.

« Où que ces navires aillent, nous voyons d’autres types d’impact humain sur l’environnement que ce soit du largage accidentel de déchets, de la pollution, des collisions avec des animaux marins ou de la pollution sonore », a-t-elle précisé.

Source GEO

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