Les « rivières atmosphériques » menaceraient la plus grande barrière de glace en Antarctique

Selon une étude publiée dans la revue scientifique Nature Communications Earth and Environment(14/04/2022), le phénomène des « rivières atmosphériques » – ou « rivières volantes » – pourrait provoquer l’effondrement de « Larsen C », la plus vaste barrière de glace de l’Antarctique. Précisions.

Courants d’air et fonte des glaces… En Antarctique, la calotte glaciaire (à ne pas confondre avec la banquise, constituée d’eau salée), qui recouvre le continent polaire, se prolonge vers l’océan Austral par de vastes plateaux d’eau douce gelée. Or, avec le changement climatique, ces plateformes ou « barrières » glaciaires sont en train de s’effondrer : le mois dernier, la barrière de glace de Conger (à l’est de l’Antarctique) s’est intégralement effondrée en l’espace de quelques jours (03/2022). Parmi les causes mécaniques de ce phénomène, le rôle des « rivières atmosphériques » ou « rivières volantes » – des panaches d’air chaud et humide qui circulent dans l’atmosphère depuis les tropiques vers les pôles – avait déjà été suggéré. Une explication désormais corroborée par de nouvelles simulations réalisées par des chercheurs.

« Les rivières atmosphériques sont provoquées par des situations particulières où les dépressions sont bloquées dans leur rotation sur elles-mêmes, et où l’humidité qu’elles transportent n’a d’autre choix que d’emprunter un ‘chenal atmosphérique’, un peu comme une pâte à pizza aplatie par deux rouleaux en rotation. Résultat : les précipitations tombent de façon intense et continue sur une zone déterminée, plutôt que de manière diffuse sur une grande région« , expliquait à GEO le glaciologue Vincent Favier (Institut des géosciences de l’environnement, CNRS/UGA/IRD/Grenoble INP) à l’occasion d’une précédente étude parue sur le sujet en 2019.

Après l’effondrement de Larsen A et Larsen B, la fin de Larsen C ?

Si l’effondrement de la barrière de Conger avait coïncidé avec des extrêmes de température en Antarctique – jusqu’à plus de 30°C au-dessus de la normale, la communauté scientifique était toutefois restée prudente sur le lien de cause à effet. L’étude publiée par Jonathan D. Wille, Vincent Favier et leurs collègues dans la revue Nature Communications Earth and Environment (04/2022) suggère que les rivières atmosphériques seraient bien à l’origine à la fois de températures extrêmes, de la fonte de la surface, de la désintégration de la glace de mer ainsi que de grandes houles océaniques déstabilisant les barrières de glace.

Autant de conditions réunies lors de l’effondrement de deux barrières de glace, Larsen A et B, respectivement au cours des étés 1995 et 2002. En effet, selon les résultats des simulations effectuées par les chercheurs à l’aide de modèles, d’algorithmes et d’observations satellites, 60 % des événements de « vêlage » (détachement d’une partie de la glace, qui devient alors un iceberg) ont été déclenchés par des rivières atmosphériques entre 2000 et 2020. Et aujourd’hui, alors que le réchauffement climatique se poursuit, c’est cette fois-ci Larsen C – la plus grande plateforme restante – qui risque désormais de s’effondrer totalement, avertissent les auteurs.

Un rôle indirect dans la montée des eaux

Si la fonte des barrières de glace elles-mêmes ne contribue pas directement à la hausse du niveau des océans, ce phénomène favorise toutefois, par ricochet, la montée des eaux. « Les plateformes de glace empêchent les glaciers qui se trouvent sur la terre ferme derrière elles de s’écouler dans l’océan, a expliqué Jonathan D. Wille, interrogé par CNN (14/04/2022). Lorsque ces barrières disparaissent, plus rien ne retient les glaciers. Leur vitesse augmente et ils commencent à s’écouler dans l’océan. Et cela contribue alors directement à l’élévation du niveau de la mer. »

Selon John Turner, météorologue au British Antarctic Survey, joint par CNN, la fonte de l’intégralité de la glace du continent correspondrait à une soixantaine de mètres d’élévation potentielle du niveau de la mer dans le monde. L’Antarctique occidental, une région plus large autour de la péninsule, représenterait quant à elle 6 mètres d’élévation, ce qui engloutirait des îles entières et provoquerait une catastrophe pour plusieurs millions d’habitants dans les zones côtières. Jusqu’à présent, la majeure partie de la montée des eaux peut être attribuée à la fonte de la calotte glaciaire du Groenland, dans l’Arctique.

En savoir davantage : GEO

Photo : Les barrières de glace prolongent la calotte polaire de l’Antarctique vers l’océan Austral. Image d’illustration © 66 north/unsplash

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