Les trafiquants d’espèces sauvages menacés par… un énième rapport !

Un coup fatal vient d’être asséné sur la tête des trafiquants d’espèces sauvages qui utilisent la France comme destination ou simple plateforme de transit des espèces animales et végétales braconnées.

Il s’agit d’un énième rapport que l’on doit cette fois-ci à la Commission de l’aménagement du territoire et du développement durable du Sénat : https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-46843-raport-trafic-especes-sauvage-senat.pdf

On y apprend, entre autres, que « La logique d’interception douanière qui a longtemps prévalu est désormais à bout de souffle ». Ah bon, les douanes se sont tellement mobilisées contre le trafic qu’elles n’en peuvent plus ? Ce sont nos amis de l’association Robin des Bois qui rédigent chaque trimestre « A la trace » un rapport alarmant et pittoresque sur la multitude de trafics d’animaux dans le monde qui vont tomber de leur mirador ! https://robindesbois.org/a-la-trace-bulletin-dinformation-et-danalyses-sur-le-braconnage-et-la-contrebande/ Sans oublier les familles des nombreux gardes tombés sous les balles des braconniers qui apprécieront…

Après, honnêtement, on ne peut qu’être d’accord avec les 8 recommandations des rapporteurs tant elles sont générales et sans ambition. Comme « d’envisager la possibilité de retirer le visa de court séjour en cas de constatations répétées de transport de produits carnés ». S’il y en a un qui se fait prendre pour la énième fois nous allons « envisager la possibilité de… » ; diable, les trafiquants tremblent mais on ne sait pas si c’est sous l’effet de la peur, ou des deux rails de coke qu’ils viennent de sniffer. Car c’est bien connu, le trafic de drogue et le trafic d’espèces sont bien de plus en plus concomitants. Une sorte de guichet unique pour les psychotropes et les Annexes I et II de la CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction) https://cites.org/fra/app/index.php

Vous en voulez des rapports sur le braconnage et son trafic international ? Il n’y a que l’embarras du choix :

https://uicn.fr/wp-content/uploads/2022/11/trafic-especes-sauvages-cf-uicn-web.pdf

https://www.unodc.org/documents/data-and-analysis/wildlife/2024/Wildlife2024_Final.pdfhttps://gijn.org/fr/ressource/enqueter-sur-le-trafic-illegal-despeces-sauvages/https://www.voaafrique.com/a/le-trafic-ill%C3%A9gal-d-esp%C3%A8ces-sauvages-persiste-selon-un-rapport-de-l-onu/7651811.htmlhttps://www.traffic.org/site/assets/files/21463/madagascar-sea-french-revmar.pdfhttps://cites.org/sites/default/files/fra/prog/iccwc/ICCWC_AnnRep_2020_fr_15_August.pdf

Arrêtons là car au moins deux rapports sur le sujet sont publiés par an. De quoi caler toutes les armoires des ministères de l’environnement, du commerce extérieur, de l’intérieur, de la justice, de l’Assemblée nationale, du Sénat… et sans doute quelques autres.

Interpol est mobilisé https://www.interpol.int/fr/Actualites-et-evenements/Actualites/2025/Pres-de-20-000-animaux-vivants-saisis-et-365-suspects-arretes-dans-le-cadre-de-la-plus-grande-operation-de-lutte-contre-le-trafic-d-especes-sauvage

https://www.interpol.int/fr/Infractions/Criminalite-environnementale/Criminalite-liee-aux-especes-sauvages

Et il y a même un plan d’action de l’Union Européenne : https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/PDF/?uri=CELEX:52022DC0581

C’est que le trafic d’espèces sauvages est considéré par certains comme la quatrième plus grande industrie illégale au monde. https://www.unodc.org/documents/data-and-analysis/statistics/crime/ICCS/ICCS_French_2016_web.pdf voir page 33 les crimes environnementaux.

Sa valeur est estimée à 20 milliards de dollars par an (source https://risk.lexisnexis.com/global/fr/insights-resources/white-paper/combating-wildlife-trafficking)

Selon le WWF « la surexploitation des espèces sauvages représente la deuxième plus grande menace pour les vertébrés » https://www.wwf.fr/champs-daction/vie-sauvage/braconnage

La France est le pays de destination et de transit de nombreux vols internationaux notamment originaires de l’Afrique francophone et des outre-mer. https://www.slate.fr/story/246500/france-coeur-trafic-animaux-sauvages-douanes-aeroport-roissy-plaque-tournante-especes-protegees

D’après un rapport du Comité français de l’UICN, les saisies par les douanes françaises ne doivent probablement représenter que 10% des denrées illégales. Il faut dire que les moyens qui y sont consacrés ne sont pas à la hauteur, et qu’aucun service de douane n’est exclusivement dédié à la lutte contre ce trafic. C’est plus au hasard des contrôles de contrefaçons et autres stupéfiants que les douaniers tombent sur des espèces importées illégalement. Vivantes mais aussi bien souvent mortes : pendant le voyage, ou du fait que le « produit » ait été transformé (comme la viande de brousse ou l’ivoire).

Ne jetons pas la pierre à ceux qui font ce qu’ils peuvent. Et revenons plutôt sur l’extraordinaire volonté de l’Etat français sur ce dossier. A travers un exemple bien précis, celui des centres de transit des animaux saisis dans les points d’entrée du territoire.

Un arrêté de mars 2017 est venu couronner de succès des années de lutte pour obtenir que les ports et aéroports soient contraints de se doter d’un centre d’accueil et de transit des animaux saisis :

https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000034273217 Une quinzaine de ports et aéroports avaient l’obligation de construire des centres d’accueil des espèces saisies sous 18 mois. Ces centres avaient vocation à accueillir les animaux encore vivants, à les identifier, à les mettre en quarantaine et à trouver des structures d’accueil (sauf exception le retour au pays est quasi impossible, trop onéreux, trop risqué pour les animaux eux-mêmes et avec trop peu de garanties de succès).

18 mois après la date limite pour leur mise en place, la LPO écrivait aux 15 ports et aéroports nommément cités pour savoir où en était cette mise en place. Les réponses furent à hauteur des enjeux :

Le Port de Dunkerque répondait que, n’accueillant pas de voyageurs en provenance de pays tiers, il ne mettrait pas en place une structure d’accueil et de prise en charge des animaux.

Le Port de Bordeaux considérait quant à lui qu’il « n’a pas vocation à accueillir des animaux en transit ». « L’arrêté du 24 mars 2017 est déclaré, selon l’autorité publique, sans objet du fait de son inapplicabilité. Les services de l’état nous informent qu’une modification de l’arrêté devrait être prochainement effectuée pour supprimer le Port maritime de Bordeaux de la liste ».

Tandis qu’un syndicaliste nous expliquait, hors micro : « Bien évidemment le port de Bordeaux comme tous les ports exposés au trafic avec des pays tiers peut être concerné par des importations illégales d’animaux vivants ou d’espèces végétales protégés par la convention CITES que ce soit dans le fret commercial ou passagers. Je vous fais cette réponse à titre syndical ».

Et qu’un aéroport d’Outre-Mer préférait téléphoner pour expliquer, sans laisser de trace écrite, qu’il ne le ferait pas non plus.

L’aéroport de Paris Orly, géré par le groupe ADP, répondait que « la volumétrie des animaux répondant aux critères de la règlementation… récupérés sur la plateforme aéroportuaire d’Orly restant relativement faible, une dizaine d’individus en 2017…(il serait préférable que) la récupération, le transport et la garde des animaux au statut sanitaire incertain soient pris en charge par des professionnels disposant des infrastructures adaptées et conformes aux règles légales ».

De fait, seul l’aéroport de Roissy, géré également par le groupe ADP, a mis en place cette structure d’accueil des animaux saisis. https://vert.eco/articles/a-laeroport-roissy-charles-de-gaulle-lurgence-de-lutter-contre-le-trafic-danimaux-et-de-viande-sauvage

En 2024, les douaniers de Charles de Gaulle ont intercepté 167 animaux vivants dont 35 tortues, 62 oiseaux (dont 18 perroquets), 21 araignées et scorpions ou encore un serpent.

En février 2024, les douaniers avaient même découvert 21 reptiles protégés dans les chaussettes d’un voyageur allemand lors d’un contrôle à la gare de l’Est.

https://actu.fr/ile-de-france/tremblay-en-france_93073/aeroport-de-roissy-les-douaniers-controlent-une-valise-et-tombent-sur-un-animal-en-voie-d-extinction_63009392.html

Les autres ports et aéroports n’ont jamais pris la peine de répondre.

In fine, Roissy est le seul point d’entrée, sur les 15 ports et aéroports français, y compris Outre-mer, qui en avaient l’obligation, à s’être doté d’un centre d’accueil qui permet d’identifier puis d’orienter les espèces saisies vers un centre de soin, un parc animalier ou botanique. Encore faut-il être capable d’identifier les espèces saisies.

Après, vous nous direz, même des mémés traversent la Méditerranée en provenance du Maghreb avec une tortue d’Hermann bien calée sur le ventre pour la revendre sur le continent.

Un lecteur de l’Echo des Terriers qui effectue une veille sur le site du « Mauvais Coin » nous a adressé une liste non exhaustive des annonces publiées : c’est encore mieux que la Samaritaine, on y trouve tout ce qu’on veut. A commencer par des espèces exotiques : caïmans, alligators, crocodiles naturalisés et peaux, serpents et peaux, tortues de mer, peaux de singes, ratons-laveurs, zèbres, antilopes et gazelles, léopards, trophées d’oryx, antilopes, gnous, buffles cafres, rostres de narval, espadons, dentitions de requins, morceaux d’ivoire gravés etc.

Mais aussi des espèces européennes dont des genettes, loutres, castors (naturalisés et peaux), sans oublier les oiseaux, buses, circaètes, busards, faucons pèlerins et crécerelles, Chouettes effraies et hulottes, moyens-ducs et grands-ducs, pics verts, loriots, petits passereaux, râles des genêts, hérons, cormorans, martins-pêcheurs (le correcteur nous propose « marins-pêcheurs », le con !).