Réintroduction du grand tétras dans les Vosges : un « nouvel échec cuisant », après un nouvel oiseau mort ?

Sept grands tétras ont été réintroduits fin avril dans les forêts du massif vosgien, un an après les neuf premiers individus lâchés. Face aux critiques renouvelées des associations environnementales, le parc naturel régional des Ballons des Vosges continue de défendre le bien fondé du programme.

Les critiques s’étaient abattues en trombe sur l’opération de réintroduction de neuf grands tétras dans le massif des Vosges en avril 2024, elles devraient être au moins aussi féroces un an plus tard, après l’arrivée de sept nouveaux oiseaux en provenance de Norvège. Fin avril, une nouvelle translocation – un déplacement intentionnel d’espèces animales – a en effet été organisée. Mais contrairement aux quarantes individus espérés et annoncés par le Parc naturel des Ballons des Vosges au départ, seuls sept oiseaux ont été capturés en Norvège puis relâchés en France.

« Les conditions météorologiques sur les sites de captures norvégiens sont à l’origine du faible nombre d’oiseaux transloqués », justifie le Parc dans un communiqué de presse publié ce lundi 12 mai. L’institution régionale misait pourtant beaucoup sur une translocation plus importante en termes de population afin de muscler le projet, après la mort de sept des neuf grands tétras introduits en avril 2024. « Nous n’allons pas tirer des conclusions après un seul lâcher, nous en avons potentiellement encore 200 à faire« , temporisait le directeur Olivier Claude après la révélation des oiseaux retrouvés morts.

Les associations environnementales estiment que le faible nombre de grands tétras transférés constituent un « nouvel échec cuisant au regard de ses objectifs initiaux ». « Le parc prétendait que la mort des premiers grands tétras n’était pas un échec car l’échantillon était trop petit, et qu’un lâcher de 40 à 50 individus permettrait d’y voir plus clair…On voit bien que le problème n’est pas la taille mais l’irréalisme du projet lui-même », tacle Dominique Humbert, président de SOS Massif des Vosges, signataires d’un commmuniqué de presse des associations.

Un nouveau grand tétras mort

Les mauvaises nouvelles ne s’arrêtent pas là, puisque le Parc naturel a également constaté le 6 mai, lors de son suivi des animaux relâchés, qu’un des sept oiseaux transloqués fin avril était déjà mort. « Les indices retrouvés sur place permettent d’envisager une prédation« , est-il précisé dans le communiqué. C’était déjà la cause avancée par l’équipe pour quatre des six oiseaux retrouvés morts issus de la première translocation. Un cinquième animal décédé avait « subi une collision avec un câble d’une ligne à très haute tension ».

Ce lundi 12 mai, le directeur du Parc naturel réaffirme son soutien au projet. « C’est sûr que les résultats pour l’instant ne sont pas à la hauteur de ce qui était prévu, mais on ne peut pas dire dès la première année que c’est un échec », affirme Olivier Claude au micro de France 3 Lorraine. « S’arrêter au bout d’un an de travail sur un nombre assez faible d’oiseaux ce ne serait pas sérieux. On a dès le début de l’opération annoncé qu’on partait sur un programme pluriannuel avec une autorisation pour 5 ans, avec un bilan précis à deux ans. »

Les associations environnementales locales n’y voient elles que la confirmation de leur position de départ : le milieu du massif des Vosges ne serait plus adapté au grand tétras. « 90% des scientifiques consultés se sont opposés à ce projet et deux scientifiques du comité mis en place par le parc ont démissionné car ils n’étaient plus en accord avec le projet, donc il y a bien un problème« , fustige Dominique Humbert. « Aller les chercher en Norvège, où ils ont encore des hivers rigoureux et des vastes étendues, pour les ramener chez nous où les conditions climatiques ne sont plus là, la quiétude non plus, où il y a des prédateurs qu’il n’y a pas en Norvège à cause du grand froid, c’est éthiquement contestable, estime le documentariste Vincent Munier auprès de notre équipe de reportage. On en vient tout doucement au fiasco. »

Très présent au début du XXᵉ siècle, le grand tétras a presque disparu du massif des Vosges depuis. C’est pour repeupler les forêts de ce gros gallinacé qu’un projet de translocation piloté par le Parc naturel régional des Ballons des Vosges a vu le jour. La translocation consiste à faire venir des espèces d’ailleurs, pour ce cas précis de Norvège, qui possède un peuplement important pour les réintroduire en France.

Dans son avis publié en 2023, le Conseil national de la protection de la nature (CNPN), une institution chargée d’étudier et de donner un avis consultatif sur les projets concernant la préservation des espèces sauvages, alerte sur les « effets croissants et marqués du changement climatique » dans les Vosges et recommande de les prendre en compte en marge de toute opération de repeuplement.

Le Parc naturel régional des Ballons des Vosges indique dans son communiqué qu’un bilan à deux ans est prévu « pour adapter la suite du programme au regard des premières expériences ».

Source : France 3 régions

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