Personnalités à découvrir, Les scientifiques

COCHET Gilbert, l’homme qui veut ré-ensauvager le monde!

Gilbert Cochet, c'est le type avec qui on se balade dans la nature, qui s'arrête d'un coup, se baisse, ramasse ce qui vous semble être un caillou...vous le tend en nommant une Nummulite ou une Ammonite et vous raconte l'histoire de la terre..., géologique, naturaliste - la flore, la faune -... en vous transportant dans le temps. Et vous pouvez l'écouter des heures! Et vous avez envie de l'écouter durant des heures! Et vous l'écoutez durant des heures!

Sortie ASPAS/Fondation Lemarchand - Vercors - 2018 - ©jbdumond

Naturaliste né à Lyon en 1954, professeur agrégé des Sciences de la Vie et de la Terre (SVT), attaché au Muséum national d'histoire naturelle, Gilbert Cochet a enseigné durant des années les Sciences de la Vie et de la Terre au lycée du Sacré-Cœur de Tournon mais également à l'IUT "Génie de l'environnement" de Saint-Etienne, à l'université Lyon I et à l'Ecole Normale Supérieure de Lyon où, pendant 25 ans, il a formé les futurs professeurs certifiés et agrégés.

Il a par ailleurs formé pendant des décennies les accompagnateurs de moyennes montagnes et guides de haute montagne en écologie et géologie.

Enfin, il a sévi à l'Université du vin de Suze la Rousse en géologie auprès des viticulteurs.

Par ailleurs, Gilbert Cochet a contribué à la rédaction de nombreux documents : "Le fleuve Rhône", "Les gorges et les monts de l’Ardèche", l'"Atlas des oiseaux nicheurs de Rhône-Alpes", "Le Grand-duc d'Europe" (chez Delachaux et Niestlé, 2006)


Spécialiste de malacologie (sciences des mollusques d'eau douce), il a participé aux commissions d'études ministérielles et européennes.


Il est expert au Conseil de l'Europe, président du Conseil scientifique de la réserve naturelle des Gorges de l'Ardèche.


Il a été conseiller scientifique pour le film documentaire "Les Saisons" (2016) de Jacques Perrin.

Son livre "Ré-ensauvageons la France" (collection Mondes Sauvages/Actes Sud, 2018) est un plaidoyer passionnant pour une nature sauvage et libre. Il l'a co-signé avec le biologiste Stéphane Durand, scénariste des films "Le Peuple Migrateur", ’"Océans" et "Les Saisons" de Jacques Perrin

 

Son prochain ouvrage "L'Europe réensauvagée, vers un nouveau monde" (sortie avril 2020), co-écrit avec sa femme Béatrice Kremer-Cochet, traitera de l'Europe sauvage.

La vie sauvage, c'est son milieu naturel. Gilbert Cochet vit en Ardèche quand il ne bourlingue pas au bout du monde, de forêts en montagnes, de plaines en rivières sauvages, de l'Afrique astrale en Australie, du Grand Nord à  Hawaï....

Il est membre de plusieurs associations : l'ASPAS, l'Association Francis Hallé pour la forêt primaire, Forêts Sauvages qu'il préside...
Notre rencontre fut donc riche et précieuse un jour de printemps 2019 dans le Vercors sur les territoires de l'ASPAS, puis ailleurs lors de conférences (Nature & Découvertes...) ou de comités scientifiques.
On peut voir également un portrait de Gilbert Cochet dans Terre Sauvage n°337 : 20170120092236 (1)

 

Votre Parcours en quelques étapes ?

Depuis ma plus tendre enfance, bien que citadin habitant Lyon, je me suis intéressé à la nature. Avec mon jeune frère Philippe, nous avons découvert la Dombes à vélo et durant les vacances d’été, la Drôme, la Haute Savoie, la Haute-Loire …

Mes études à l’université de Lyon m’ont conduit à l’agrégation. Mon désir de transmettre a pu s’épanouir.

Durant ces études, j’ai rencontré des enseignants universitaires remarquables au niveau scientifique et pédagogique avec des positions courageuses pour la protection de la nature (P. Lebreton, R. Faure …).

Béatrice et Gilbert - Vercors - ©jbdumond2018

En 1984, durant l’année de licence, suivant les mêmes études, j’ai rencontré Béatrice qui allait devenir mon épouse. Nous ne nous sommes plus quittés durant notre vie commune de naturalistes.

Durant cette vie de naturaliste, des livres écrits, des émissions de télévision ("C’est pas sorcier", "Des racines et des ailes", "Ushuaia" au Kamtchatka …) et un film avec Jacques Perrin et Jacques Cluzaud : « Les saisons ».

Quels sont vos maîtres à penser, vos références culturelles ?  Sans doute, Robert Hainard avec ses deux tomes sur les mammifères d’Europe. Pour son évocation du sauvage et de l’animal libre. Peut-être est-ce là ma recherche de milieux naturels dans lesquels je me sens bien. J’ai beaucoup lu, en revenant de sorties ornithologiques, les livres de Paul Géroudet. Sans doute, il m’a donné l’envie d’écrire.

Pourquoi la faune/l’animal sauvage, la vie sauvage ?  Probablement le côté liberté de la faune sauvage. Sa diversité sans limite. Les surprises qu’elle nous offre. La recherche de sa présence. Et son côté insaisissable. La faune sauvage anime les paysages. Comme l’évoquait Gérard Ménatory : « une montagne sans aigle n’est qu’un paysage ». Et quoi de plus beau que l’animal sauvage dans un milieu naturel préservé.

Si vous étiez un animal sauvage? Un oiseau, pour embrasser les paysages vus des airs. Un aigle en toute modestie ! Mais j’aime beaucoup le grand corbeau. C’est un malin qui a souvent été mon complice pour trouver des sites à grand-duc par exemple. J’attends qu’il me montre le loup !

Aigle royal - Vercors - ©jbdumond2018

Un mammifère marin pour observer avec facilité les fonds marins. Un dauphin.

Dauphin tacheté - Guadeloupe - jbdumond2020

La ou les deux plus belles rencontres / émotions de rencontre de vie/faune sauvage ? Dans le parc national des Abruzzes, un loup tourne autour d’un charnier occupé par un ours qui mange les restes d’une carcasse de vache. Le loup est seul. L’ours le chasse de son repas. Le loup quitte les lieux en se rapprochant de nous (je suis avec Vincenzo Penteriani, naturaliste italien). Il est tellement près que sa tête remplit le « rond des jumelles ». Je reste longtemps dans cette situation magique avec nos regards qui se croisent. Aucune peur mais une grande douceur. Le loup finit par s’éloigner sans aucun bruit comme s’il ne touchait pas le sol. Il est 2 h du matin avec de la neige en ce début mai.

Louve - Abruzzes - jbdumond2020

Le 7/7/77 (cela ne s’invente pas) : dans les gorges de l’Allier, un aigle botté en phase claire chasse un aigle royal adulte (alors inconnu dans le département de la Haute-Loire). Je découvre une aire de circaète avec un jeune sur un sapin blanc… Une bonne journée !

Circaète jean-le-blanc

Votre/vos lieux de nature préféré ? Les dernières rivières sauvages de France, surtout Alpes et Massif central.

Le massif du Vercors avec une diversité animale qui augmente (grands rapaces, ongulés, loup …) et des paysages sauvages préservés (plus grande réserve biologique intégrale de France)

Le PN de Port Cros pour voir à quoi devrait ressembler tout le littoral méditerranéen avec cette richesse en espèces, en abondance et à proximité. En même temps, cela démontre combien l’espèce humaine est une espèce imbécile qui semble n’avoir comme objectif que d’installer la pénurie là où la nature offre l’abondance gratuite !

Le lieu mythique où vous rêvez d’aller ? La Sibérie avec ses derniers grands fleuves sauvages et ses immensités de nature en grande partie intouchées. Territoire observé lors de mon retour du Kamtchatka avec la tête contre un hublot regardant vers le nord durant une dizaine d’heures.

L’œuvre qui vous semble illustrer le mieux votre parcours ? Encore une fois, les ouvrages de Robert Hainard dans lesquels je retrouve cette quête du sauvage qui a animé ma vie de naturaliste.

Un conseil au débutant dans votre activité, que lui diriez-vous ? A mon avis, pour devenir un bon naturaliste, il faut faire du terrain, lire les ouvrages de nature et fréquenter d’autres naturalistes. Avec la faune sauvage, humilité et respect. Le carnet d’observation est indispensable. Ne pas faire confiance à sa mémoire donc bien noter à la fois les observations brutes et les idées qui sont associées.

Un animal disparu revient, lequel ? La Rhytine de Steller. C’était un animal fantastique qui va au-delà de notre imagination !

L’Aurochs, une espèce clé de nos forêts qui était sans doute un acteur important de la fonctionnalité de nos forêts. Les tentatives de reconstitution de cette espèce sont tout à fait louables et justifiées.

 

Une initiative prise ou à prendre en faveur de la faune sauvage ? Retrouver les densités naturelles, l’abondance originelle pour que la faune sauvage puisse occuper la totalité de sa niche écologique.

Une urgence pour la faune sauvage, pour la vie sauvage ? Lui redonner des territoires sauvages les plus grands  possibles, en connexion avec d’autres sanctuaires et avec toutes ses composantes (ongulés, grands prédateurs, nécrophages …). Et chaque fois que l’on protège un ha de plus, que l’on reconnecte (effacement d’un barrage) ou que l’on permet le retour d’une espèce (réintroduction), on fait un gain de naturalité qui nous conduit vers le graal   : la fonctionnalité naturelle maximale et optimale.

Deux domaines, deux révolutions à réaliser :

  • Bannir complètement la pêche industrielle qui a dévasté nos mers et océans. A remplacer par le couple immenses sanctuaires/ pêche sélective et soutenable. Ce sera gagnant/gagnant.
  • Bannir complètement l’agriculture industrielle avec pesticides

Une association qui vous tient à cœur ?

L’association « Forêts sauvages » que je préside dont l’objectif est double : - témoigner sur des expériences concernant la naturalité (c’est le nom de la revue) – acquérir des forêts pour les laisser en libre évolution.

 

 

 

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