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PATAY Philippe, enragé d’Islande

La vie est faite de coïncidences : un matin de novembre, nous recevons un mail d'un certain Philippe Patay:

" Bonjour, Depuis 45 ans en Islande où je suis arrivé à cause ou grâce aux oiseaux je gère avec ma famille une petite agence réceptive (francophone entre autre). Nous organisons depuis des décennies des trekking des des voyages naturalistes (géologie, observation de l’avifaune ou photo).

Depuis l’avénement des réseaux sociaux devant lesquels je suis démunis nous avons de plus en plus de mal à rester connus. Heureusement que la réputation et le bouche à oreille fonctionnent encore assez bien.
Je vous écris pour savoir si on peut envisager de faire de petites annonces dans votre magazine en attendant de faire des pub illustrées plus conséquente. Un échange de prestation, contre un article peut aussi être envisageable suivant nos moyens, mais cela est une autre histoire.
Dans l’immédiat nous souhaitons nous adresser à des passionnés d'oiseaux francophones plus difficiles à joindre pour nous que les anglophones beaucoup plus nombreux.
Je guiderai moi même ce voyage en juin 2020. "
Tiens! Un voyagiste; et en plus, il proposait d'acheter de l'espace sur faunesauvage.fr. Ben non!, pas pour le moment. Pour le moment nous préférons montrer la beauté du monde et il nous a paru que l'Islande en faisait partie.
Un dialogue s'est donc ouvert pour évoquer ce "North Country Fair" (concept cher à Dylan) et en montrer quelques aspects, oiseaux surtout.
Rencontre!

Pouvez-vous nous indiquer quelques étapes qui vous ont conduit en Islande ? Très jeune j’avais une tendance marquée pour l’école buissonnière et jeune ado au cours d’une campagne de bagage à l’île d’Ouessant je libérai d’un filet une Bergeronnette grise portant une bague du muséum d’histoire naturelle de Reykjavik. Je quittai la France à 15 ans me dirigeant vers le Nord avec Jack London et une certaine chanson de Bob Dylan ("If you're travelin' in the north country fair…")

Après maintes aventures en Scandinavie et en Afrique j’arrivai cinq ans plus tard en Islande le pays de ma bergeronnette. C’était surement le moment de nidifier pour moi, je rencontrai ma Fille du Nord et la mère de nos enfants. Fasciné par la Nature incroyable et quasi indomptée de l’Islande et afin d’y être en permanence, je créais la première agence de trekking et d’expéditions dans mon pays d’adoption et proposait aussi chaque année un ou deux voyages oiseaux, ainsi que d’autres découvertes à thèmes naturalistes. Aujourd’hui c’est notre fille ainée qui a repris la direction de notre petite affaire familiale, mais je continue de conduire certains voyages exceptionnels comme celui que je conduirai dans les fjords du Nord-Ouest en juin prochain

En quelques mots, présentez-nous l’Islande ? Située par 66°Nord, accroché au cercle polaire aux confins de l’Atlantique et de l’Océan Glacial arctique, à mi-chemin entre l’Europe et l’Amérique, à la croisée des grandes voies migratrices est-ouest et nord-sud, l’Islande est sans conteste le paradis de la faune ailée.

La ride médio-atlantique la traverse de part en part dans une direction Nord-Est Sud-Ouest. C’est un des rares endroit de la planète où l’on marche à l’air libre sur le fond de l’océan

Sur un plan géologique et esthétique, l’Islande offre des paysages étranges à nuls autres pareils, surtout dans sa partie volcanique active qui est une autre planète.  

S’y succèdent des champ de lave récents et anciens où passent des trolls inquiétants, des desserts de scorie, des cônes volcaniques parfaits ou des failles rouges qui déchirent le paysage, Des strato-volcans, des caldeiras multicolores, des marécages primitifs couvert de linaigrette, des lacs mystérieux où nichent des couples solitaires de plongeons imbrim ou des couples narcissiques de cygnes chanteurs, d’imposantes calottes glaciaires, où avancent de puissants fleuves limoneux infranchissables comme de calmes ruisseaux cristallins serpentant dans de secrète vallées fleuries habitées par les elfes. L’intérieur de l’Islande représente 90% de la surface totale de la grande îles (105.000 km2) et n’est praticable et accessible qu’à partir de mi-juin et se referme fin-octobre

Les hommes ne vivent que sur la frange côtière et l’habitat reste très éparse. Des fermes solitaires par ci par là, quelques petits ports de pêches actifs et deux ou trois grosses bourgades, et disons une ville. Les campagnes se sont vidées au profit de la capitale ou se concentre les ¾ des 330.000 islandais. L’Ouest et l’Est du pays sont d’un volcanisme plus ancien mais éteint. Les glaciers des dernières périodes glaciaire on entaillé profondément les plateaux basaltique d’origine, créant d’innombrables fjords et des montagnes taillés à la serpe.

 Dans le fond des fjords dévalent des torrents d’eau pure ou serpentent de belles rivières au milieu des marais et des herbages. Au bout des péninsule de majestueuses falaises de basalte noir abritent de grandes colonies d’oiseaux de mer et sur les grèves et les dunes des cordons lagunaires retentissent les cris d’alarme d’innombrables petits échassiers.

Et côté oiseaux, quelle est l’originalité de l’île ? Des espèces des deux continents ainsi que des espèces arctiques cohabitent continents (Zone holartique : Paléarctique + Néarctique).

C’est le seul pays en Europe où l’on peut admirer des espèces américaines comme le Garrot Arlequin, le Garrot d’Islande, le Plongeon Imbrin… ou des raretés arctiques comme l’Eider à tête grise ou le Phalarope à bec large.

Eider à tête grise/PhPatais

On sait qu'un total de 110 espèces d'oiseaux ont niché en Islande. Parmi celles-ci, 75 espèces s’y reproduisent sur une base régulière. Sept autres espèces se reproduisent occasionnellement et sont sur le point d'établir une population reproductrice permanente. Certains de ces oiseaux ont déjà coloniser l'Islande.

Sternes arctique/©PhPatay

Quelles sont les espèces les plus souvent croisées ? Les groupes d'espèces d'oiseaux nicheurs islandais les plus communs sont les canards et autres oiseaux d'eau (24 espèces - 32%) et les oiseaux de mer (24 espèces - 31%). Il existe également 12 espèces de passereaux (16%), 11 espèces d'échassiers essentiellement des limicoles (15%), quatre espèces d'oiseaux prédateurs et de hiboux, et enfin le lagopède alpin.

Ressent-on les conséquences du réchauffement climatique ? De quelle façon s’agissant des oiseaux ? Certaines espèces « en reconnaissance » se perdent ou s’aventurent, d’autres ne font que passer lors de leur migration et d’autres nichent régulièrement de manière permanente.

Les variantes due à l’augmentation de la température de l’atmosphère et des courants marins ont un impact négatif ou positif sur l’avifaune (el les poissons) suivant les espèces. Certaines espèces ont abandonné l’Islande il y a déjà 40 ans comme le Mergule nain, d’autres se sont multiplié à cause de conditions moins rudes pour leur portée comme la Sterne arctique.

D’autres ont parfois des problèmes de nourriture comme les Macareux moines sur l’Archipel des Vestmann. De nouveaux arrivants surtout des passereaux s’y installent car les arbres avec l’aide de l’homme ou spontanément commencent à coloniser certaines vallées et la végétation est en pleine croissance. Les jolies Bernaches nonettes sont maintenant bien installées en Islande et nidifient en groupe dans des parties secrètes des hautes terres qui restent inaccessibles au printemps et parfois partagent leur territoire avec les gracieuses Oies à bec court

Aujourd’hui le Merle noir supplante parfois les Grives mauvis dans les jardins et, dans les bois et forêts en expansion, de nouveaux et discrets colonisateurs comme le Bec-croisé des sapins et le roitelet huppé y prospèrent apparemment accepté par le Sizerin flammé et le Troglodyte mignon. A quand les mésanges ? Le Bruant des neiges et la Bergeronnette grise ne semblent pas impactés par ces changements, ni le Grand corbeaux, mais les limicoles des landes, comme le Pluvier doré ou le bécasseau variable voient déjà leur territoire se rétrécir.

La Mouette rieuse et le Fuligule morillon se sont récemment installé et font maintenant partie du paysage.

Certains oiseaux ont disparu depuis la colonisation de l’île par les hommes il y a onze siècles comme le Râle des marais après le drainage intensif des tourbières à partir des années 40 de ce siècle, d’autres de manière définitive comme le Grand pingouin qui ne savait pas voler. Des espèces s’adaptant très bien aux activités humaines au détriment d’autres espèces comme les goélands (argentés et brun) se sont imposés en nombre, se disputant la nourriture avec le Goéland bourgmestre et le Goéland Marin, tout comme le Fulmar glacial qui ont profité des rejets de l’industrie de la pêche, ou un « citadin » comme l’Étourneau Sansonnet arrivé la même année que moi en Islande en 1971. L’Eider à duvet lui, protégé depuis mille ans pour son duvet récolté sur les nids, est partout présent sur tout le pourtour de l’île.

Pétrel glacial/PhPatay

Le tourisme a-t-il une influence sur la situation de la nature ? L’Islande a hélas un peu trop misé sur le tourisme de masse depuis une dizaine d’années et emprunter la route circulaire de cascades en lagunes glaciaire à quelque chose de processionnaire. Cependant la taille du pays, la durée des vacances et les prix très élevés protège cependant de vastes territoires ou voyager reste un grand plaisir. J’ai cependant remarqué que le tourisme n’a pas forcément toujours un impact négatif sur les oiseaux. Les macareux des falaises regardent tranquilles et amusés les touristes chinois qui les adulent et acceptent même quelques selfies. Embauche assurée à Disneyland ! Mais c’est au lac Mývatn sanctuaire des anatidés que se voit la différence : Jusqu’à une époque récente, les oies, les canards, les cygnes et les plongeons gardaient une distance de sécurité importante quand un homme apparaissait dans le paysage. Aujourd’hui, sur les sentiers autorisés hors des sanctuaires strictement protégés, les palmipèdes sont devenus de moins en moins craintifs et certains, en apparence, ignorent totalement les groupes de touristes qui s’exclament en les photographiant mais qui s’enfuient à la première attaque de Sternes.

Quels conseils pouvez-vous donner au visiteur naturaliste ? Le pays reste fantastique pour l’observation de l’avifaune toujours dans un décors naturel grandiose et rarement modifié par l’homme. Les oiseaux s’approchent facilement à l’œil nu ou avec de bonnes jumelles pour les moins sociaux.

Certaines falaises connaissent une véritable crise du logement, tandis que landes et prairies sont envahies par d’innombrables limicoles.

Comme chaque année en juin je guide un voyage à la rencontre des oiseaux d’Islande, dans les fjords de l’ouest, loin des touristes de la route circulaire N°1. Les place sont limitées à 10 personnes où ornithologues et photographes animaliers font bon ménage. Voir ICI 

 

 

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