Photographes animaliers

BATTISTELLA Guilhem

Né en 1992, j’ai grandi entre l’Aude et l’Hérault.
C’est en première année de biologie, un peu par hasard, que j’ai découvert un monde : la Nature.
J’ai immédiatement été fasciné par la diversité des espèces animales, végétales, des milieux ... C’est en apportant de la considération à tout ce qui nous entoure que j’ai réalisé qu’il y avait de la vie partout, même dans les endroits qui semblent les plus hostiles. Ces remarques sont très naïves, mais il m’a fallut un déclic pour les réaliser.
J’ai alors commencé à arpenter la nature environnante, armé d’une paire de jumelles et animé par une soif d’aventure !
J’ai fais mes premiers pas dans l’identification des mammifères aux empreintes, fèces, des oiseaux… Je me suis alors impliqué dans des associations. Puis quelque temps semaines plus tard, j’ai acquis mon premier reflex bas de gamme pour immortaliser les rencontres, identifier les espèces observées, garder une trace de ces moments passés.
J’ai immédiatement été mordu. Depuis, je consacre tout mon temps libre à la photographie. Mes études nécessitant un investissement temporel, j’ai dû composer avec. Chaque heure disponible était une fenêtre pour s’évader, même lorsque la journée universitaire débutait peu de temps après le lever du soleil, la mienne était déjà bien entamée. Plus qu’une envie, je ressentais ce besoin viscéral d’aller dans la Nature, toujours plus fort.
Afin de partager ces rencontres mais surtout dans le but de sensibiliser, je réalise régulièrement des expositions. La dernière en date traite des services écosystémiques, baptisée « les services rendus par la Nature ». Cette exposition vise à montrer par des exemples concrets, les services rendus aux Hommes, par la faune, la flore ou les paysages. L’objectif est de montrer qu’il est urgent de la respecter, de la protéger. Dans une démarche plus cohérente, j’ai pris un statut professionnel.
Mes études finies depuis peu, j’ai enfin l’opportunité de voyager dès que l’occasion se présente entre deux contrats. Ou lors d’un contrat …
Prochainement j’ai la chance d’intégrer une équipe scientifique à destination des Terres Australes et Antarctiques Françaises, peut-être le sujet d’une future exposition.

INTERVIEW

Un maître à penser ? 

Je n’ai pas de maître à penser mais le travail de certains photographes, que j’apprécie particulièrement, est source de motivation.

De par la qualité de leur travail, ces photographes me poussent à me remettre en question et à évoluer. Je pense à des personnes comme Simon Bugnon, Guillaume Billy, Michel d’Oultremont, David et Stéphanie Allemand, Jonathan Lhoir ou encore Emile Sechaud (sans oublier Vincent Munier aussi, évidemment).

Il y en a beaucoup d’autres bien-sûr, je ne peux citer tout le monde.

J’apprécie beaucoup le partage d’expériences et d’anecdotes avec d’autres photographes, qui se révèlent souvent être des gens formidables. Nous inspirons souvent à des motivations proches : la passion pour le terrain, le goût pour l’aventure et le voyage, le dépassement de soi…

Une œuvre marquante ? 

Les œuvres artistiques et récits de Robert Hainard sont source d’admiration, et continuent de me fait rêver.

Un déclic après avoir découvert, au tout début de mon parcours, les fabuleux filés de Steve Bloom dans le livre « ANIMAL ». C’est là que j’ai compris le potentiel du matériel photographique, que la limite ce trouve dans l’inspiration.

Puis plus récemment des images tirées de courts ou longs métrage animalier comme « La nuit du Cerf » de Vincent Munier ou « la vallée des Loups » de Jean-Michel Bertrand, avec des scènes sauvages qui donnent toujours à rêver.

Si j'étais un animal sauvage ? 

Un oiseau planeur assurément.

Se laisser porter par les courants thermiques et parcourir des distances incroyables en peu de temps.

S’envoler des falaises les plus hautes pour observer des points de vue spectaculaires sur la nature environnante.

Espionner la vie secrète de la faune sauvage depuis des perchoirs inaccessibles…

Une belle émotion ou rencontre avec la faune ? 

Ma première émotion forte fut au début de mon parcours, lors de la découverte d’une placette de brame. Alors que le soleil déclinait, au loin, le brame d’un cerf vint rompre la quiétude de la forêt. J’entrepris alors d’aller à sa rencontre assez aléatoirement, guidé par ses vocalises ponctuelles, coupant à travers forêts, plaines et zones humides …

Jusqu’à arriver lors des derniers rayons, dans une plaine aux herbes hautes d’une couleur dorée. Seule une légère brise dans les feuilles venait interrompre le silence qui y régnait … C’est alors qu’en contre-bas, après quelques craquement de branches, sortant timidement de la forêt, la silhouette d’un jeune cerf c’est dessinée en lisière. Se déplaçant lentement, il bramait quelques rares fois tout en se frottant les bois sur les genévriers environnants.

Sous le coup des émotions véhiculées par cette rencontre et de la faible luminosité, ce soir là je n’arriverais pas à faire une image nette. Mais ce soir là, j’avais observé mon premier cerf. Il m’aura fallut rentrer de nuit, tant bien que mal, le sourire aux lèvres et les mains encore tremblantes de cette belle rencontre.

Un animal disparu qui reviendrait ?

Il y en a tellement… je n’ai pas d’espèce en particulier mais je suis réellement attristé de constater le nombre d’espèces qui disparaissent à cause de l’homme.

Il serait temps de prendre nos responsabilités face aux espèces en danger d’extinction afin d’essayer d’enrayer cette 6èmeextinction de masse…

Un animal fantastique qui existerait ?

Un dragon digne des meilleurs contes vikings ! Qui mettrait en joug la fierté humaine et nous remettrait à notre place dans la chaine alimentaire.

La photo ou la série à laquelle vous tenez particulièrement ?

Une rencontre avec un Renard roux tenant dans sa gueule une magnifique Couleuvre de Montpellier, probable victime du trafic routier. Cette rencontre reste l’une des plus surprenantes que j’ai eu la chance de vivre. La joie des affûts !

Spot préféré ?

Ce même endroit où j’ai observé mon premier brame. Malheureusement, après avoir été découvert par d’autres personnes le site a commencé à être plus fréquenté, la faune y est trop dérangée à présent et je préfère ne plus m’y aventurer.

Plutôt solitaire matinal pour profiter du moment ou accompagnateur de groupe pour partager ?

J’avoue être plutôt solitaire, en quête de calme et de tranquillité, chercher les endroits loin de l’agitation humaine et se sentir presque comme un animal parmi les autres. Et bien sur profiter des belles lumières de l’aube et du crépuscule.

Cela n’empêche que j’adore partager les émotions d’une rencontre, écouter les récits des autres photographes (ou naturalistes), bref partager !

Un lieu mythique ?  

Le Tibet, l’Alaska, les grandes steppes Mongoles, la Patagonie … Beaucoup d’endroits que j’espère avoir la chance de parcourir un jour. Pour l’heure je me concentre sur des projets à court terme.

Et la technique ?

J’ai commencé la photographie par la technique. Apprendre par cœur des règles de cadrage, des caractéristiques de matériel, « ce qu’il faut faire et ne pas faire »…

Tout un tas de choses très utile qui permettent de réaliser des images plus harmonieuses… Mais tout cela reste subjectif et j’aime m’aventurer régulièrement au delà de ces règles, oser d’autres cadrages, des sous-expositions etc.

Je m’amuse régulièrement avec des filés, mais encore rien de satisfaisant. J’ai encore beaucoup à apprendre ! Et puis je suis plutôt à la recherche de la rencontre avec la faune, que du matériel parfait.

Des urgences ? 

Ici aussi il y en a beaucoup ! A mon sens, le plus urgent serait une prise de conscience générale sur notre manière de consommer, qui actuellement est incompatible avec les ressources que nous fournit la terre.

Manger local, réduire les produits d’origine animale, abandonner les produits avec huile de palme ou cultivés avec des pesticides, éviter de continuer à enrichir les lobbies et les grandes puissances, réduire aussi absolument le plastique. Mais aussi arrêter de massacrer la Nature, bref beaucoup de combats.

Des conseils ?

Rester motiver et se faire plaisir !

Réfléchir au « pourquoi je fais de la photographie ».

Remettre en question son travail pour progresser.

Et le plus important : aucune photographie ne vaux un dérangement, la faune sauvage est suffisamment stressée, s’il vous plaît faites attention et respectez la Nature.

Une association à mettre en avant ?

Difficile d’en choisir une, tant les missions et les combats sont variés mais toutes ces associations qui se battent pour l’environnement et la faune sauvage, tel que la LPO, ASPAS, FNE, les centres de sauvegarde, le Centre Athénas …

Une suggestion pour aider à sensibiliser le grand-public ?

Cela fait un moment que je réfléchis à une exposition dans des lieux de forte fréquentation type grande surface, ça peut être un moyen d’essayer de provoquer une prise de conscience auprès d’une population qui n’est pas forcément très sensible aux enjeux environnementaux.

Pour conclure ?

Merci beaucoup pour cet interview et merci de donner la parole à des photographes peu connu.

C’est toujours un plaisir de lire des interviews de confrères que l’on ne connaît que par leur travail, et en savoir plus sur leur philosophie.

CONCOURS

Février 2016 - Parution "Image&Nature" suite au concours mensuel proposé par le magazine.
Avril 2016 - Premier prix du concours pour les 10 ans du magazine "Image et Nature" n° 85
2016 - Primé au concours "Art & Sciences" Festi'sciences
2016 - Une photo "coup du coeur du jury" et 2 autres photos finalistes, Concours photo Salon de l'Ecologie.
Septembre 2017 - Finaliste du concours photo du Vogelwarte (Suisse).
Mai 2017 - Parution dans la rubrique "Coup de cœur de la redac" de Nat'images.

EXPOSITIONS ET PARUTIONS

2015 :      Du 21 au 28 Mars 2015, durant la semaine de l'environnement à l'Université de Montpellier (34)
          Du 3 au 21 Mars 2015 à la Bibliothèque Universitaire de la Faculté des Sciences de Montpellier (34)
          Du 13 au 15 Mars 2015 lors du Festimage de St Gély du Fesc (34)
2016 : Du 6 au 26 Novembre 2016 au café associatif Couleur Café de Prades-le-Lèz (34)
     Du 8 au 10 Avril 2016 à la salle Frégère de Saint Gély du Fesc (34)
     Du 26 mars au 02 Avril 2016 à la Maison des Etudiants de la Faculté des Sciences de Montpellier (34)
     Du 4 Janvier au 19 Février 2016 à la Bibliothèque Universitaire de la Faculté des Sciences de Montpellier (34)
2017-18 : 6 mois d'itinérance pour l'exposition "Les services rendus par la Nature" d'Octobre 2017 à Avril 2018 à l'IUT de Béziers (34), Bibliothèque Universitaire de Richter (Montpellier - 34), Bibliothèque Universitaire Faculté des Sciences de Montpellier (34).

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