Personnalités à découvrir

DUPART Jean-Marie, baroudeur naturaliste africain

Nous nous sommes rencontrés à Saint-Louis du Sénégal en février 2019, sur le conseil de Patrick Triplet.

Un homme taillé dans le roc, un peu rude de prime abord, blessé par la vie mais solide et campé dans ses convictions en faveur de la nature.

Trois jours ensemble dans le Djoudj et autour de quelques marigots vers Saint-Louis et sur la langue mouvante de Barbarie m'ont permis de découvrir et d'apprécier un sacré bonhomme, aventurier-baroudeur-naturaliste-guide-garde comme seule l'Afrique sait en faire émerger!

Il a une gueule cassée mais un oeil de faucon, il vous désigne  un Chacal, une Outarde, un Balbuzard dans des lieux qui vous semblaient déserts.

Trop court moment ensemble, mais depuis, nous sommes restés en contact via les réseaux sociaux et même lors d'une de ses (rares) visites en France.

Il fallait en dresser le profil : le voici!

Merci Jean-Marie!

Votre Parcours en quelques étapes ? Né en 1956 dans les Landes, d’un père aviateur (Latécoère puis armée de l’air en 39) et d’une mère directrice d’école à Mimizan. Un frère âgé de vingt ans de plus que moi, chasseur de canard et de bécasse, qui m’apprendra la nature et la vie des oiseaux. Etudes au Lycée Victor Duruy de Mont de Marsan, puis Enita à Talence. Une enfance et adolescence heureuse passée entre océan et lacs. Sportif : rugbyman, nageur, voileux, etc…

Mon frère, devant mon manque de passion pour la chasse, m’offrira un appareil photo, déclencheur de ma passion.

L’ornithologie sera apprise « sur le tas » petit à petit au fur et à mesure des découvertes

1976 : Rencontre avec René Dumont et premiers investissements en politique (vite abandonnés) et défense de la nature… La même année premier voyage Africain en 4L jusqu’à Saint Louis à travers le Maroc et de Sahara Occidental. Voyage initiatique, découverte de l’Afrique sur les traces de mon père décédé tôt . Meknes, Agadir, Tarfaya, Nouadibou et bien sûr Saint Louis du Sénégal…

Saint-Louis du Sénégal - ©jbdumond2019

Divers emplois dans des sociétés à tendance agriculture bio ou à minima raisonnée. Fin de carrière française dans un emploi sur les problématiques de l’érosion côtière dans les Landes.

2005 : cancer rein intestin qui changera fondamentalement ma manière de voir ma fin de vie.

2008 : Départ définitif pour le Sénégal, avec un contrat au sein du Ministère de l’Environnement Sénégalais.

2014 : Décision de prendre du recul tout en travaillant sur des missions avec les Parcs Nationaux et quelques autres organismes comme la FAO ou OMPO .

Rédaction d’un livre photo de vulgarisation sur les oiseaux du Sénégal.

Vos actions en cours en quelques mots ? Donc des missions pour les Parcs Nationaux Sénégalais, pour l’OMPO ou la FAO : Lutte durable contre l’érosion côtière au Nord du Sénégal, Formation en ornithologie des agents des Parcs et des Eaux et Forêts, Etude sur le balbuzard pêcheur avec les divers correspondants spécialisés en Europe, Lutte pour la préservation des rares zones humides du Nord du Sénégal, Étude sur des solutions d’agriculture durable (retour à des méthodes et cultures ancestrales en les améliorant) afin de trouver des alternatives à la riziculture industrielle

Quels sont vos maîtres à penser, vos références culturelles ? Si je ne dois en garder qu’un de connu ce sera René Dumont et deux livres qui ont marqué ma fin d’études – « L’utopie ou la mort » et « L’Afrique étranglée » . Livres prémonitoires et qui m’ont surement très fortement influencés dans mes choix de vie.

Je rajouterai ma mère, institutrice en avance sur son temps qui faisait des leçons appliquées (années 60) en partant dans la nature, croquant au fusain les oiseaux , réalisant des planches d’herbiers et de fleurs. En classe elle se servait de ces observations pour faire l’enseignement, que ce soit les dictées ou rédactions ou bien sur les cours de science..

Pourquoi la faune/l’animal sauvage, la vie sauvage Comme dit plus haut , une enfance et une adolescence dans la nature avec mon frère et mes amis. A l’époque déjà une impression d’osmose, de liberté, de beauté.

Si vous étiez un animal sauvage? Un oiseau surement. Lequel ? Trop compliqué de choisir . Aussi impressionné par les tout petits et banals bergeronnettes ou passereaux capables de « déménager » tous les ans sur des milliers de kilomètres que par le balbuzard aux qualités exceptionnelles

Balbuzard pêcheur - ©jmdupart

La ou les deux plus belles rencontres / émotions de rencontre de vie/faune sauvage ? Une ancienne rencontre en France :

  • un face à face avec un renard qui a duré plusieurs minutes ( une éternité) dans les montagnes basques.
  • Et mon rendez-vous quotidien avec un balbuzard allemand depuis plusieurs hivers, toujours sur le même arbre et qui clairement aujourd’hui semble me reconnaitre et ne fuit plus

Votre/vos lieux de nature préférés ? Plus vraiment vrai, mais j’y ai fait un saut cette année :

  • les montagnes basques du côté d’Iraty à la rencontre des vautours et des Isards..
  • Les Caraïbes à la rencontre des tortues et mammifères marins
  • Tout le Nord du Sénégal, zone privilégiée et quelque part unique

lac du Ngalam et dunes de Sanar - ©jmdupart

Le lieu mythique où vous rêvez d’aller ?  

Pourquoi pas au Costa Rica, pays extraordinaire pour l’ornithologie ?

L’œuvre qui vous semble illustrer le mieux votre parcours ? « Jean Chalosse, dernier moutonnier des Landes » livre qui a marqué mon enfance, retour sur l’histoire d’une civilisation disparue dont a fait partie ma famille, et exemple extrême de la parole donnée.

Avec quel matériel travaillez-vous sur le terrain ?  Paire de jumelles, télescope. Deux appareils :

  • un vieux boitier Sony Alpha avec des objectifs Minolta dont un zoom 300 mm ( ici au Sénégal l’approche des oiseaux est plus aisée qu’en Europe.)
  • Un bridge LUMIX FZ 300 , excellent compromis entre qualité, poids, robustesse, équipé d’un zoom intégré 28-600 mm

Et vos techniques de rencontre avec l’animal sauvage ? Un tout de chaque technique :

  • Approche en utilisant des méthodes ressemblant fortement aux méthodes des chasseurs, lors de randonnées ou le hasard met sur mon chemin des animaux quels qu’ils soient.
  • Affût lorsque j’ai à photographier des animaux spécifiques dans un endroit donné.

Plus le jour que la nuit.

Observatoire au Djoudj - ©jbdumond2019

Un conseil au débutant dans votre activité ? Plusieurs choses :

  • D’abord une énorme humilité, nous apprenons tous les jours autant au niveau des espèces que de leur comportement…
  • De la curiosité, de l’enthousiasme, ne pas avoir peur de se tromper. ( je me suis un jour fait traiter d’ado par un « collègue » européen, il ne pouvait pas avoir idée du compliment qu’il pouvait me faire)
  • De la résistance, arpenter les marais ou les zones désertiques n’est pas un travail de bureau, mais c’est le meilleur moyen d’agrandir nos connaissances directes.

Un animal disparu – même fantastique - revient, lequel ? Je rêve de revoir apparaître girafes, éléphants, et autres mammifères dans le Nord du Sénégal, ils seraient la preuve que la nature peut compenser les erreurs humaines.

L’animal fantastique à inventer ? L’homme respectueux de ce qui l’entoure et désireux de laisser un monde « propre » à ces petit-enfants.

Une initiative prise ou à prendre en faveur de la faune sauvage ? Redonner des espaces de tranquillité aux animaux, plus de zones protégées et moins d’intrusion humaine.

Une urgence pour la faune sauvage ? Interdiction de couper un arbre sur la planète sans compensation immédiate en en replantant un autre plus loin.

Les arbres sont source de vie, évidemment régulateurs gaz carbonique- oxygène mais aussi régulateurs thermiques, abris pour les animaux et piégeurs d’eau

Une association qui vous tient à cœur ?  Deux associations :

  • Celle fondée et dirigée par Ali Haïdar : Oceanium, qui s’occupe de reboisement principalement,
  • et celle dont je m’occupe Neos Environnement avec des objectifs ciblés de protection du littoral, et des zones humides.

Pour conclure, vous disparaissez ce soir, qu’aimeriez-vous laisser comme message aux autres ?

Sortez, regardez la beauté autour de vous et faites en sorte qu’elle perdure…

Une phrase découverte dont le ne connais pas l’auteur : « le plus important n’est pas ce que l’on a fait de toi, mais ce que tu fais de ce que l’on a fait »…. Rien n’est inéluctable, ni écrit. Allez au bout de vos convictions…

 

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