Photographes animaliers

NEDELEC Laurent

Laurent Nédélec a 50 ans. Il est né en Bretagne et y a grandi.

Très tôt attiré par les espaces sauvages, curieux, il est allé voir de plus près une région qu'on disait encore habitée par les ours : les Pyrénées. Installé dans la partie occidentale de la chaîne depuis 25 ans, il a pu y satisfaire sa curiosité envers le plantigrade et tomber amoureux de ces espaces encore sauvages à bien des égards.

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"seules les traces permettent de rêver" (René Char)/photo Laurent Nédélec

 

Il est aujourd'hui garde au parc national des Pyrénées, depuis une quinzaine d'années.

Il a publié trois ouvrages : "Pyrénées, montagnes sauvages" (éditions Hesse); "Vivre avec l'ours" : illustrations de l'ouvrage avec Louis Marie Préeau, (éditions Hesse); "Plumes de cimes" avec Grégory Ortet (éditions Art et Nature), et participe au Nature Photo Blog.

Nous l'avons croisé à Montier en Der en novembre dernier 2016

INTERVIEW

Quels sont vos maîtres à penser, vos références culturelles ? J'ai une admiration marquée pour la pensée de Robert Hainard. Comme lui j'ai le sentiment que je pourrais passer ma vie à parcourir la même montagne, et que je ne voyage que pour retrouver les espèces manquantes qui devraient légitimement s'y trouver et que l'homme a exterminées.

Pourquoi l’animal sauvage ? Certainement un besoin viscéral d'altérité, le besoin de voir autre chose que l'oeuvre de l'homme partout où le regard se porte.

La ou les deux plus belles rencontres de faune sauvage ? Peut-être l'an dernier, dans le Jura, quand un lynx boréal a traversé la clairière enneigée que j'affûtais, avec mon ami Grégory Ortet, à 25m. Cet animal est d'une beauté à couper le souffle, d'une rare élégance. Savoir qu'il a été éradiqué des Pyrénées et que personne ne s'en soucie m'attriste.

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Votre lieu de nature préféré ? Autour de chez moi. J'évite les « spots ». Je ne voyage en général que parce que d'autres ont cru bon de dégrader la montagne où je vis.

J'ai eu la chance de fréquenter un peu les Abruzzes, et ça m'a marqué en tant que modèle à atteindre : j'y ai vu des montagnes assez semblables aux « miennes » par endroits, mais avec une faune bien plus complète -pour les mammifères au moins-et bien moins difficile à observer.

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J'aime la possibilité d'avoir une relation suivie avec un bout de nature, d'y retourner assez souvent pour connaître les animaux individuellement, comprendre leurs habitudes, tenter des trucs, bref : apprendre en observant, en essayant. C'est un processus culturel en quelque sorte. Cela ne peut se faire qu'avec du temps, et, comme je ne suis pas rentier, ça ne peut se faire qu' autour de chez moi. Mais certainement pas parce que chez moi serait mieux qu'ailleurs !

Je déteste l'idée de prendre un « raccourci » en ayant recours à un affût payant. Pour moi c'est faire l'impasse sur ce qui fait   l'intérêt de l'activité, en ne voyant que le résultat. C'est malheureusement une façon de faire assez symptomatique de notre société en général.

 La faune des climats tempérés ou froids me « parle » davantage. Je me sentirais assez illégitime, artificiel, à aller photographier des animaux africains, par exemple. J'aime l'idée de travailler près de chez soi, sur des espèces résonnant avec notre culture. Je pense aussi qu'un travail photographique près de chez soi peut être plus utile, en terme d'impacts, que de montrer aux gens des espèces, certes spectaculaires, mais vivant à des milliers de km de chez eux. Montrer des images de lions ou d'ours polaires au public des Hautes -Pyrénées ou du Loir et Cher peut sembler assez inutile en matière de sensibilisation, alors que des espèces ou des milieux naturels riches, mais moins spectaculaires ou  moins faciles à photographier, disparaissent près de chez eux.

En même temps, compte tenu de la forte frustration que peut amener la pratique intensive de la nature de proximité dans des espaces sinistrés par une chasse omniprésente, je comprends aussi cette volonté des photographes de « respirer » en allant dans des endroits où les animaux ne sont pas terrorisés à la vue de l'homme. La photo y est plus facile (voire tout simplement : possible) et c'est d'ailleurs en général là que sont faites les plus belles images, c'est là que vont les professionnels.

Le lieu mythique où vous rêvez d’aller ? J'ai pu aller en Alaska, camper dans des zones sauvages. Je garde une impression forte de ces endroits, et de ce sentiment précieux d'être vulnérable face à une nature qui nous dépasse. Vous vivez plus intensément alors. Je retournerais volontiers en Amérique du Nord où j'ai pas mal traîné mes guêtres à une époque.

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L’œuvre qui vous semble illustrer le mieux votre parcours ? Je relis régulièrement « mes années grizzli » de Doug Peacock. Ça ne symbolise pas mon parcours, heureusement (remarque pour ceux qui l'ont lu!), mais ça traduit de manière remarquable l'effet bénéfique que peuvent avoir les espaces sauvages  et leurs habitants sur la psyché humaine.  La nature sauvage est indispensable au bien être de l'Homme.

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Matériel et techniques utilisés pour approcher la faune sauvage ? Je travaille de préférence à l'affût, avec des optiques allant du 70-200mm au 500mm. Lors de mes sorties non dédiées à l'image, j'ai souvent un 4/300mm dans mon sac à dos, au cas où...

Je privilégie presque toujours l'affût. Précédé d'une période de recherche et d'observation plus ou moins longue.

Un conseil au débutant dans votre activité ? Ne pas se précipiter, commencer par travailler aux jumelles pour bien comprendre le comportement de l'animal convoité. Insister sur les mêmes endroits pour les connaître « par coeur », privilégier son environnement direct si possible, afin d'en devenir un  témoin, voire un acteur.

Un animal disparu revient, lequel ? Un souhait : que le lynx revienne dans les Pyrénées. Il ne pourra le faire sans notre aide. Pourquoi ? Parce que nous lui devons ça. Il y était chez lui, depuis des millénaires. Nous sommes redevables envers ces espèces disparues. Et pourquoi se priver de ce mystère, de cette beauté ?

Une initiative prise ou à prendre en faveur de la faune sauvage ? Lutter contre la mainmise aberrante du monde de la chasse sur la faune en France, son  idéologie anti-prédateur, la pression imposée à nos animaux sauvages qui fait qu'ils sont anormalement stressés, voire devenus carrément nocturnes (j'ai conscience que ce constat, valable ici, n'est peut-être pas généralisable à tout  le territoire national). Aider les rares associations qui essaient de contrer ce lobby puissant (l'Aspas par exemple), écrire à son député quand un nouveau projet de loi pro-chasse voit le jour...

Une association qui vous tient à cœur ? L'Aspas, pour son courage et son indépendance, Férus pour son soutien aux fleurons de notre faune que sont les grands prédateurs.

Une urgence pour la faune sauvage ? Remettre au goût du jour le mot de « nature », remplacé maintenant par « biodiversité ». Le premier a une dimension de lâcher prise, de « non maîtrisé » à l'opposé du second qui légitime beaucoup d'interventions humaines. Quand on voit le véritable « jardinage » mis en œuvre dans certains sites  Natura 2000, on se dit qu'on est là assez loin de la nature.

Lutter contre le lobby de la chasse, qui est de presque tous les mauvais coups contre la nature sauvage (modification du comportement des animaux, prises de positions et actes anti-loups, anti-ours, anti-lynx et anti -tous les autres prédateurs de moindre taille, modifications des lois allant dans le sens d'une pression de chasse sans cesse croissante sur le patrimoine commun qu' est la faune sauvage, chasse du grand tétras dans les Pyrénées...).

 

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