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LASSERRE François

François Lasserre est entomologiste, auteur, conférencier et professeur de protection de la nature.

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Il est également impliqué dans des associations :

- vice-président de l'Office pour les insectes et leur environnement (Opie)

- co-président du Graine IdF (réseau d'éducation à l'environnement)

- expert éducation de l'UICN France

- membre des Journalistes-écrivains pour la nature et l'écologie (JNE).

il est auteur et co-auteur de nombreux ouvrages sur les insectes et la nature, notamment :

- Au secours une bestiole ! Manuel antistress face aux bêtes qui nous embêtent (Delachaux et Niestlé, 2012)
- Comme vache qui pisse, et autres expressions animales (Delachaux et Niestlé, 2011)
- Petit atlas des insectes (Delachaux et Niestlé, 2007)
- Petit atlas des papillons (Delachaux et Niestlé, 2007)
- Jeux d’insectes (Opie, 2003)

Nous l'avons rencontré en février 2015

Votre parcours en quelques étapes ? Aller voir ailleurs a toujours été une grande motivation. Avec mon grand-père d’abord, loin des bruits de la ville, au bord de l’eau et au milieu des habitants de la nature. Plus tard, j’ai accompagné des primatologues et des entomologistes dans la forêt gabonaise, tout en essayant de protéger une espèce de singe endémique, pas facile ! De retour, le monde associatif de l’éducation à l’environnement s’est installé dans ma vie, de façon naturelle, salarié ou bénévole. Ses éthiques et ses acteurs m’apportent chaque jour beaucoup. Une grande parenthèse en entreprise, très instructive, et me voilà aujourd'hui auteur et prof, entre autres.  

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Quels sont vos maîtres à penser, vos références culturelles ? En vrac, ils sont si nombreux, j’apprécie surtout ceux qui m’empêchent de penser en rond, toujours pour aller voir ailleurs, car la vérité est nulle part.

Humanisme, basique et classique : Racines d’Alex Haley, Si c’est un homme de Primo Levi, Claude Lévi-Strauss, Martin Luther King, François-Xavier Verschave pour mes années en Afrique.

« Humanisme animal » : Peter Singer, Élisabeth de Fontenay, Tom Regan, Jean-Claude Ameisen…

Sciences, il y en a tant : Philippe Descola, Pierre-Henri Gouyon, Guillaume Lecointre, Hubert Reeves, le collectif Cortecs…

Education et pédagogie, ouverts et visionnaires : Alexander Sutherland Neill, Une société sans école d’Ivan Illich, Paulo Freire, Jean-Pierre Lepri, Louis Espinassous, François Terrasson…

Philosophie récente : Michel Serres, Michel Onfray, Albert Jacquard, les Larrère, Dominique Lestel…

Les femmes qui parlent bien de « nature » : Valérie Chansigaud, Vinciane Despret, Anne-Caroline Prévost-Julliard, Virginie Maris, Geneviève Carbone …

Pourquoi l’animal sauvage Malheureusement pour sa pureté et sa rareté. Malheureusement car j’ai ensuite réalisé que la pureté était philosophique, qu’elle n’existe pas, et qu’un animal domestique a autant de « valeur ». Nos espèces compagnes ont participé à nos cultures, nous nous sommes construits grâce à elles. Mais c’est vrai qu’une rencontre avec une bête vierge de l’homme, ou presque, est comme un secret que l’on partage d’abord avec soi-même, comme un trésor trouvé.

Si vous en étiez un ? Un oiseau ou un insecte pour voler. Sinon, j’apprécie le grand singe que je suis, notamment lorsque nous sommes en quête d’empathie et de bienveillance.

La ou les plus belles rencontres avec la faune sauvage ? Quasiment indescriptible ici, ma rencontre avec une famille de gorilles, au cœur du Gabon, reniflé par le dos argenté, avec les jeunes qui s’approchaient doucement tout en frappant leur poitrine, tout en jetant un œil au patriarche pour savoir jusqu’où ils pouvaient s’approcher de moi.

Plus rare, tant ils sont farouches au Gabon, j’ai passé 15 minutes avec une troupe de chimpanzés qui ne m’ont pas repéré. J’ai passé 10 minutes à essayer d’ouvrir la housse de mon 400mm, mais le bruit les inquiétait. La photo est dans ma tête, je me suis rattrapé en photographiant un cercopithèque moustac dans un arbre.

Cependant, mes heures passées en compagnie d’une famille de blaireaux en Savoie pendant deux mois ne sont pas en reste, loin de là !

Votre lieu sauvage préféré Le Cantal est hors du temps, ses prairies en altitude regorgent parfois de tant d’insectes qu’on a du mal à y croire. La Baie de Somme a une ambiance particulière, le Lac du Bourget aussi. Les randos en montagne, où que l’on aille,  sont quand même des moments précieux de rencontre avec la nature.

Mais rien n’a égalé mes deux ans au cœur de la forêt tropicale africaine, si bruyante, si vivante.

Un lieu mythique où vous rêvez d’aller ? La migration au-dessus du Bosphore, il paraît qu’il faut le voir une fois ?  Les hauts plateaux d’Ethiopie pour y rencontrer les géladas ? Voir un loup à crinière courir en Argentine ? Partout ! Mais j’ai eu la chance de beaucoup voyager, alors faire du kayak au milieu des phoques et sous les oiseaux en Baie de Somme peut suffire.  

Une ou des œuvres (vôtre ou d’un autre) qui vous semblent illustrer le mieux votre parcours ? Le douanier Rousseau que mon grand-père admirait a beaucoup marqué mon imaginaire. Un jour je suis tombé nez à nez avec l’original de La Bohémienne endormie (1,30 x 2 m), un choc. 

Walt Whitman a écrit des poèmes magnifiques autour de la nature.

Humblement, j’aime bien mon livre « Toutes les bêtises sur la nature que les grands racontent aux enfants », il symbolise bien le manque ambiant d’éducation à l’environnement, et mon envie d’apporter des outils grand public pour essayer d’aller plus loin, de reconsidérer nos rapports au monde.

Mais toute œuvre humaniste (Lévi-Strauss, Descola, Illich, Haley…) ou musicale (Gil Scott-Heron, Herbie Hancock, Fela…), nous accompagne à aimer l’autre, et avec lui tous les autres.

Quel matériel utilisez-vous dans votre activité ? Je n’utilise plus que mon Canon G12, j’ai trop porté de réflex. Ca m’arrange car je ne prends plus que des paysages ou des insectes. D’autant que les jpg issus de ce boitier sont acceptés par les éditeurs.

Et vos techniques de rencontre avec l’animal sauvage ? Si l’on est contemplatif et patient d’origine, toute approche se tente.

Un conseil à un débutant dans votre activité ? Suivre son instinct, et aller vers des personnes ressources après, mais pas avant, cela aide à mieux comprendre et ressentir.  

Un animal disparu revient, lequel ? Même fantastique. Pour le plaisir, voir voler la libellule Meganeura de 70 cm (- 300 millions d'années , ou un grand pingouin et un dodo marcher. Surtout, rencontrer un homme de Florès ou un néanderthalien, et papoter sur leur vision de la vie.

 

Une initiative prise ou à prendre en faveur de la faune sauvage? Toute initiative qui replace l’homme dans le buisson de la vie, et non en haut de cet arbre qui n’existe pas.

Une association qui vous tient à cœur ? L’Opie (Office pour les insectes et leur environnement) et le Graine IdF (réseau d’éducation à l’environnement). Je suis administrateur des deux, qui allient protection de la nature et éducation à l’environnement. L’Opie met en place des actions de protection globales et cohérentes, et s’ouvre à l’éducation depuis 1969. Le Graine est un laboratoire d’idées où les humains partagent et échangent des idées pour émanciper le citoyen.

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Une urgence pour la faune sauvage, pour la vie sauvage ? Inclure tous les êtres vivants dans le droit, leur accorder la place qu’ils devraient avoir depuis bien longtemps. Ensuite, quoi que l’on fasse, il faudrait prendre en compte leurs besoins, dont ceux des « espèces souveraines » - sauvages - sur leurs territoires.

Vous disparaissez ce soir, qu’aimeriez-vous laisser comme dernier message ? C’est quoi la « nature » ? La réponse n’existant pas, il semble utile de sortir de tout dogme.

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