Le peuple des oiseaux et des rapaces en deuil : Michel Terrasse est mort vendredi 13 janvier. Allain Bougrain-Dubourg lui rend hommage

Militant de la première heure pour la protection des rapaces, fondateur avec son frère Jean-François, du Fonds d’Intervention pour les Rapaces (FIR), maintenant inclus dans les missions de la LPO France, Michel Terrasse a été président jusqu’à récemment de la Vulture Conservation Foundation (VCF), qui s’est préoccupée de la conservation et de la réintroduction des vautours et du Gypaète barbu, avec de nombreux programmes très réussis.

Lire l’article sur univetnature.org : https://univetnature.org/2020/06/04/rencontres-avec-michel-terrasse-fidele-protecteur-des-rapaces-dans-le-monde/

Photo : Alain Guerrier

Source : LPO / Univet Nature, 2020

L’hommage d’Allain Bougrain-Dubourg

« Choisir d’engager son existence à la protection des rapaces n’a rien d’anodin. Rappelons-nous il n’y a pas si longtemps, on clouait les chouettes sur les portes des granges, on amputait les buses à l’aide d’odieux pièges à mâchoire, on flinguait les becs crochus, on les empoisonnait aussi.

Il était flatteur de se retrouver à la une d’un journal régional en exhibant la dépouille pathétique d’un aigle.

Comment venir au secours de ces mal-aimés ?

Avec la force de l’espérance Michel et son frère Jean-François ont tout tenté pour faire bouger le curseur vers l’improbable respect. En créant le FIR (Fond d’intervention pour les rapaces – quel beau nom !), ils ont relevé le défi !

Je te revois Michel dans ta pharmacie de la Garenne Colombe, plus afféré à diffuser des tracts qu’à servir tes clients. Les trois petites pièces en arrière-boutique s’apparentaient à une ruche.

Je conserve le souvenir d’un climat de révolte et d’indignation autant que d’enthousiasme et de convivialité. Pour témoigner de la beauté des rapaces autant que de leur utilité et surtout leur fragilité, tu as choisi d’imprimer la pellicule. On te doit les premiers films montrant le ballet des vautours, les rassemblements sur les charniers, les vols suspendus dans un ultime ciel animé du côté des Pyrénées.

Ta caméra nous a révélé l’exotisme à notre porte. Tandis que le spectacle éblouissant réveillait les consciences. Peu à peu les becs crochus trouvaient grâce. Mais il en fallait bien davantage pour satisfaire l’amour que tu leur portais. C’est ainsi qu’un projet fou est né dans les causses aveyronnais : réintroduire les « Bouldras » ainsi surnommés dans la région.

Des oiseaux récupérés ici et là, une volière perchée sur les imposantes falaises et la solidarité de tous les amoureux de la vie ont conduit à l’impensable : réensauvager le ciel des vols majestueux de grands rapaces.

Cher Michel, tu as porté tant d’autres combats en Belgique, en Italie, en Espagne, au Portugal, en Bulgarie et ailleurs, élevant la France au titre du pays exemplaire et référent pour la conservation des grands rapaces.

Dans tes pas, beaucoup d’entre nous ont emprunté ton chemin. Combien de vocations de « rapaçologue » sont nés de ton enthousiasme.

Tu as passé un demi-siècle au Conseil d’administration de la LPO.

Nous conservons tous le souvenir de ta sagesse panachée, d’un enthousiasme constant. Qui aurait pu douter, voir envisager de baisser les bras, lorsque tu portais les valeurs de la LPO ?

Notre grande famille s’associe à moi pour te dire notre admiration et notre reconnaissance.

Nous partageons l’insupportable peine de tes proches en t’imaginant gagnant un ciel dans lequel les vautours, les aigles, les gypaètes et tant d’autres rapaces se sont rassemblés en farandole aérienne.

Tu es devenu leur « courant ascendant ». Que ces « poussières d’âmes » comme disait Victor Hugo te portent vers la paix. »

Allain Bougrain Dubourg, Président de la LPO.