Vous avez témoigné votre désaccord avec le projet d’arrêté d’ouverture et de fermeture de la chasse rédigé sous la dictée de la fédération nationale des chasseurs, et c’est bien. Vous ne l’avez pas encore fait ? Il vous reste jusqu’au 14 août pour vous y opposer https://www.consultations-publiques.developpement-durable.gouv.fr/projet-d-arrete-encadrant-la-chasse-de-certains-a3211.html En deux mots et pour rappel le ministère avait préparé un arrêté qui respectait les recommandations des autorités scientifiques européennes, arrêté soumis au Conseil national de la chasse et de la faune sauvage du 26 juin qui… n’a pas pu se tenir à cause du boycott organisé par les chasseurs largement majoritaires. Le projet d’arrêté prévoyait un moratoire de trois ans pour 4 espèces et une diminution de la pression pour les autres. La FNC a menacé la ministre normalement en charge de l’écologie et un nouvel arrêté permettant de tirer sur ces espèces en mauvais état de conservation a été rédigé sous la dictée de la FNC puis soumis au CNCFS du 16 juillet qui l’a approuvé à une large majorité de chasseurs… largement majoritaires. De moratoire il n’en reste que d’un an et pour deux espèces seulement, le Courlis cendré et la Barge à queue noir. Les chasseurs se réjouissent de cette perspective de pouvoir tout tirer : Actualité Chasse : Consultations du public – Mobilisons nous avant le 14 août 2025 – Le chasseur français
Vous pensiez que c’était fini, que la nature en avait pris suffisamment pour son grade et que vous alliez enfin pouvoir passer un été serein comme un cini ? Mais non, il suffit que vous relâchiez un peu la garde pour que le ministère normalement en charge de l’écologie tire sur tout ce qui bouge. Aujourd’hui, c’est le grand cormoran qui est dans le collimateur des rois de l’épuisette et de leurs amis les rois de la gâchette.
Allez témoigner de votre désaccord sur le site de la consultation https://www.consultations-publiques.developpement-durable.gouv.fr/projet-d-arrete-fixant-les-plafonds-departementaux-a3213.html si ce qui suit vous convainc bien sûr :
En 2010, sous la pression des pisciculteurs et des pêcheurs amateurs, le ministère normalement en charge de la biodiversité organise par un arrêté « cadre » le flinguage généralisé du Grand cormoran (c’est la sous-espèce sinensis) malgré sa protection européenne. A la fois sur les étangs et sur les rivières. Un arrêté ministériel pour trois ans permettait ainsi aux Préfets de faire ouvrir le feu. Au fil des ans, un nombre croissant de départements ont reçu des quotas croissants de tirs en eaux libres, au point d’atteindre pour la période 2019-2021 environ 26.000 cormorans à abattre chaque année, s’ajoutant à environ 24.000 cormorans sur les piscicultures, soit la moitié de la population hivernante française ! Pour tout dire ils n’arrivaient même pas à en dézinguer autant.
Aucun autre pays européen n’a réussi un tel exploit.
Est-ce qu’on a pu démontrer que le Grand cormoran est responsable de la raréfaction de poissons protégés ? Non. D’autant que les pollutions, réchauffements des eaux, acidifications, surpêches, poissons carnassiers exotiques comme le Silure introduit par les pêcheurs eux-mêmes pour se faire plaisir n’ont pas attendu le Grand cormoran pour menacer les écosystèmes des fleuves et rivières. La fédération des pêcheurs de l’Aude a par exemple introduit l’Ombre commun et constate qu’il ne se porte pas bien. C’est la faute à qui ? Au cormoran bien sûr. Peu importe si l’Ombre commun est un poisson des bassins du Rhin, du Rhône et de la Loire et qu’il n’a rien à faire dans les eaux -qui plus est réchauffées- du Midi de la France.
C’est que le cormoran est un ennemi facile à montrer du doigt (Cf. L’Echo des Terriers n°40 ci-joint). La LPO a contesté les arrêtés préfectoraux et, chose rare, les a tous gagnés. Soit une vingtaine d’arrêté annulés. Forçant le ministère à revoir sa copie, à savoir à ne plus autoriser de destruction en eaux libres mais seulement sur les piscicultures professionnelles. Les pêcheurs, aussi cons que les chasseurs dès lors qu’il s’agit de réduire à néant un concurrent potentiel, ont attaqué le nouvel arrêté ministériel devant le Conseil d’Etat considérant qu’on devait pouvoir tirer les cormorans partout y compris sur les rivières. Sans aucune preuve scientifique, le Conseil d’Etat leur a donné raison et a cassé l’arrêté ministériel puisqu’il ne fixait pas de quota pour les rivières (on peut penser qu’un quota zéro aurait suffit pour consolider l’arrêté).
N°40) Le Cormoran un suspect tout trouvé
Plutôt que de défendre son arrêté voire de fixer un quota nul ou quasi nul pour les rivières, le ministère normalement en charge de la biodiversité a préféré modifier l’arrêté-cadre de 2010 en février 2025, fixant arbitrairement un quota de tirs en eaux libres de 20% des grands cormorans hivernants (donc non révisable tous les 3 ans comme auparavant) ! Et « en même temps » de fixer tous les trois ans les quotas pour les piscicultures (c’est le projet actuellement soumis à consultation publique), sur proposition des Directions Départementales des Territoires (directement influencées par les pisciculteurs et pêcheurs).
Comme si ça ne suffisait pas, ce projet d’arrêté ministériel triennal « piscicultures » ne se limite pas aux seules piscicultures réellement professionnelles (syndicat des pisciculteurs d’étangs ou de truiticultures) mais concerne aussi des étangs de pêche amateurs, atteignant parfois plusieurs centaines voire milliers d’étangs dans certains départements, en raison du flou de la définition réglementaire des piscicultures. Si certaines DDT ont joué le jeu en ne retenant que quelques piscicultures réellement professionnelles, d’autres ont fait preuve d’un laxisme étonnant, non corrigé par le ministère, comme le dénonce l’avis du CNPN ci-joint. Ce dernier reproche aussi la confusion entraînée par le choix de l’arrêté-cadre de février 2025 retirant le contrôle des quotas en eaux-libres par le ministère, qui échoit aux seuls préfets, bien mal armés scientifiquement pour analyser les arguments des pêcheurs amateurs et qui seront soumis à fortes pressions locales, le ministère contredisant en 2025 son constat de 2022 de l’absence de preuves du rôle du Grand cormoran dans la diminution d’effectifs de quelques espèces de poissons.
C’est bon ? Vous en savez assez ? Alors assez tergiversé : allez de votre patte dire votre désaccord sur le site de la consultation publique : https://www.consultations-publiques.developpement-durable.gouv.fr/projet-d-arrete-fixant-les-plafonds-departementaux-a3213.html
Photo
: ©JBDumond2025

