Sierra Leone: un sanctuaire de chimpanzés ferme ses portes pour alerter sur la déforestation

En Sierra Leone, le sanctuaire de chimpanzés de Tacugama a décidé de fermer ses portes. Une manière de tirer la sonnette d’alarme face à la déforestation qui progresse dangereusement autour du site. Son fondateur dénonce l’inaction des autorités, tandis que l’un des principaux écologistes du pays pointe la corruption et l’urbanisation illégale au cœur même des forêts protégées.

Il y a quelques semaines, un feu s’est approché dangereusement des enclos du sanctuaire de Tacugama.

Pour son fondateur Bala Amarasekaran, c’était la goutte de trop : « Les flammes sont arrivées bien trop près des installations où se trouvent nos chimpanzés. Il y avait un vrai risque d’évasion, de dégâts, voire de morts. On ne peut pas continuer à gérer ce sanctuaire si personne ne le protège. »

Depuis plus de 30 ans, Tacugama protège non seulement des chimpanzés menacés d’extinction, mais aussi une réserve d’eau essentielle pour la capitale Freetown. Or, la forêt alentour disparaît à vue d’œil.

« La majeure partie de la couverture forestière dans les zones tampons a été détruite, poursuit Bala Amarasekaran. Et ce n’est pas pour du charbon ou du bois : c’est du pur accaparement foncier — des gens aisés qui veulent construire leurs villas. »

Un constat partagé par l’écologiste Tommy Garnett. Pour lui, Tacugama incarne un mal plus profond : une nature livrée à l’appétit des puissants. « Les rangers sont très mal payés. Certains participent à ce qu’on appelle ici« l’opération paie-toi toi-même » : ils ferment les yeux pendant que des producteurs de charbon ou des accapareurs de terres font leur œuvre, et ils touchent leur commission, dénonce l’écologiste. C’est un secret de polichinelle que certaines personnes au sein de l’autorité en charge des zones protégées sont compromises. »

Malgré l’ordre présidentiel de démolir certaines maisons, les constructions se poursuivent. Le sanctuaire restera fermé jusqu’à nouvel ordre.

Source : RFI