Reportage sur le terrain avec « Vautours en Baronnies »

Le vautour, mal aimé des rapaces, « jouit » – en ville :-) – d’une mauvaise réputation.

« Mangeur de morts » suspecté à tort d’attaquer des jeunes animaux vivants – il est nécrophage, son bec et ses serres n’étant adaptés pour tuer -, la culture populaire ne l’a en outre pas épargné : il évoque notamment l’avidité ou l’opportunisme morbide.

Pourtant ce splendide animal joue un rôle primordial d’éboueur naturel et se rend indispensable à la santé des écosystèmes.

Une association, Vautours en Baronnies, agit depuis 1992 dans la Drôme Provençale pour casser cette image, et surtout contribuer à la sauvegarde de ces oiseaux extrêmement menacés.

Nous sommes partis à la rencontre de ces passionnés.

RDV est pris avec Christian Tessier, un des trois membres fondateurs de l’association dont il est aujourd’hui directeur, devant la superbe et flambant neuve Maison des vautours, au sein du village de Rémuzat.

Un bien bel écrin

Porté, c’est suffisamment rare pour le souligner, par un maire sensible aux questions environnementales, ce projet ambitieux a vu le jour en avril dernier, et compte déjà plus de 12000 visiteurs en ce début septembre. Réussite remarquable qui devrait inspirer quelques édiles…

Sur deux niveaux, on y trouve une information didactique et ludique portant sur les quatre espèces de vautours réintroduites par l’association au cours des dernières décennies.

On retiendra plus particulièrement :

  • la vidéo retraçant le suivi gps de certains individus migrant jusqu’en Afrique (où l’on prend conscience de l’utilisation des courants thermiques pour traverser la Méditerranée)

 

  • les « reproductions » taille réelle

 

  • ou encore les crânes et pattes – véritables – permettant de réaliser que les différentes espèces ne sont pas logées à la même enseigne

 

  • Et, bien belle surprise, un petit bronze du regretté Robert Hainard offert par une fondation.

Le dernier niveau, en terrasse, permet grâce à des longues-vues à disposition d’avoir une première vision des vautours utilisant les courants ascendants le long des falaises dominant le village.

 

Population sous surveillance

La visite terminée, nous profitons du café tout proche pour évoquer de nombreux sujets : genèse de l’association, finances de la structure (qui sont saines, mais toujours dépendantes en partie des aides publiques qui ont tendance à fondre – hormis les aides européennes -), situation personnelle (sa femme élève 40 brebis, sans attaque de loup pour l’instant) et santé des populations locales.

Grâce aux efforts des bénévoles le sort des vautours semble s’améliorer, notamment depuis que l’association est devenue sous-traitante des équarrisseurs locaux, récupérant à ce titre les carcasses de bétail de la région pour des curées mémorables),

Image Christian Tessier

 

Les menaces persistent cependant : une migration Africaine de plus en plus périlleuse, l’utilisation de drones qui viennent se poser jusque dans les nids, mais surtout l’ingestion de poisons placés dans des cadavres dans le but originel d’éliminer le loup.

9 d’entre eux ont ainsi été retrouvés mort au printemps dernier dans la Drôme, dont la seule femelle percnoptère recensée (une plainte déposée par l’association est en cours)

 

S’ensuit une formation accélérée mais passionnante sur les quatre espèces qui cohabitent pacifiquement grâce une niche alimentaire différenciée sur le même cadavre frais.

Arrive d’abord le vautour fauve, nettoyeur en chef, qui ouvre la carcasse pour se sustenter de chair fraîche (muscles et viscères). Puis vient le moine, dépeceur en second, qui s’attaque aux morceaux les plus durs (tendons, peaux épaisses…) grâce à son bec puissant. La place est alors libre pour le percnoptère, finisseur plus petit, qui se contente des restes et fragments. Ainsi bien nettoyée, la carcasse s’offre finalement au gypaète barbu, casseur d’os qu’il laisse tomber sur des pierres pour mieux les fracturer.

Image Christian Tessier

 

Un ballet majestueux

Le soleil chauffant les parois, les vautours perchés sur leurs éperons rocheux commencent à décoller pour profiter des courants ascendants : il est temps pour nous de nous mettre en mouvement

Image prise à travers l’oculaire d’une longue-vue

 

Nous arrivons en haut de la falaise, principal point d’observation où de nombreux photographes et ornithologues sont déjà présents.

Après avoir séché leurs plumes des orages de la veille, de majestueux vautour fauve entament leur ballet aérien sans fournir un seul battement d’ailes. Ils ont l’obligeance de nous laisser les observer parfois d’en haut, longeant la falaise et survolant le village, et parfois d’en bas lorsqu’un thermique semble les emmener sans effort vers le soleil

 

Accompagné de ses deux fidèles compagnons, Christian installe son matériel

 

pour admirer le vol silencieux des rapaces

Image Christian Tessier

 

Il profite d’une accalmie pour me montrer quelques artefacts liés à son activité :

D’abord quelques plumes de belle facture

Puis les bagues d’identification colorées et codées, identifiables à distance avec une bonne paire de jumelles et un peu d’expérience,

Et enfin un boîtier GPS utile pour retracer le parcours des migrations, ou plus localement pour déterminer le domaine vital de la colonie  : 30000 km2 – soit jusqu’en Savoie – avant qu’il ne revienne au nid le jabot plein.

 

Après de superbes observations, il est temps de prendre congé de notre hôte. Nous croisons sur le chemin du retour des scientifiques Allemands profitant de la richesse des lieux pour mener à bien leur étude sur le déplacement des populations

 

Et croisons un dernier individu solitaire perché sur son éperon rocheux

Image Christian Tessier

Christian a été efficace : je repars conquis par ce rapace, qui n’a définitivement rien à envier à ses congénères plus « nobles »

L’été prochain, si votre périple vous amène près du Mont Ventoux, de Vaison la Romaine ou de Nyons, venez passer quelques heures dans cet endroit magnifique pour soutenir cette belle association qui propose des sorties découverte !

 

Pour aller plus loin

Photo

: ©JBDumond2023