L’appel à « ne pas disséminer des organismes sauvages génétiquement modifiés » rejeté lors du Congrès mondial sur la nature

A une voix près, les membres de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) ont rejeté, mardi 15 octobre, au dernier jour de leur congrès mondial à Abou Dhabi, la capitale des Emirats arabes unis, une proposition de moratoire sur la biologie de synthèse, qui permet de fabriquer ou de modifier du matériel génétique d’organismes vivants. Cette motion proposée par 90 ONG, qui appelait à « ne pas envisager la dissémination d’organismes sauvages génétiquement modifiés », est celle qui a suscité le plus de controverse – et l’une des seules à ne pas avoir été approuvée.
Le Comité Français de l’UICN pour le moratoire, les états Européens aussi…
« Il y a ceux qui pensent que la biologie de synthèse est une solution pour résoudre un certain nombre de problèmes de conservation, et d’autres qui considèrent qu’il est dangereux de jouer aux apprentis sorciers en lâchant des organismes génétiquement modifiés dans la nature, même si cela part d’une bonne intention, résume Sébastien Moncorps, directeur du comité français de l’UICN. Nous faisons partie de ceux qui pensent que les connaissances ne sont pas assez nombreuses et les retours d’expérience pas assez probants pour dire que la biologie de synthèse fonctionne. »

Parmi ses membres, l’UICN compte des pays, mais aussi près de 1 400 ONG, des organisations de peuples autochtones et des collectivités locales. A la différence des conférences mondiales (COP) organisées dans le cadre onusien, où seuls les gouvernements négocient, tous ces membres participent aux votes des différents textes. Mardi, la motion appelant à « une pause » sur le génie génétique a obtenu 49,71 % des voix dans la chambre des gouvernements, et 55,75 % des voix dans la chambre des ONG – elle aurait dû obtenir la majorité dans les deux chambres pour passer.

Une fois adoptées, les motions deviennent des résolutions ou des recommandations. Si elles ne sont pas contraignantes, ces décisions influencent néanmoins fortement les négociations internationales. Lancement de discussions sur le plastique ou la haute mer, création de la convention sur le commerce international d’espèces menacées ou de la convention de Ramsar sur les zones humides, inscription des sujets liés à la biodiversité dans le cadre de la diplomatie climatique… l’UICN contribue à inscrire des sujets à l’agenda, à fixer des règles et un cadre global à la conservation et à faire émerger de nouveaux concepts.

« Pesons les risques et les bénéfices »
Concernant la biologie de synthèse, une autre motion, appelant à mettre en œuvre « la politique de l’UICN », a été largement approuvée lundi, lors du congrès mondial. Cette politique, définie dans un document de huit pages, est l’aboutissement de huit ans de travail. Elle rappelle que la biologie de synthèse « ne doit pas remplacer les efforts actuels et futurs de lutte contre la perte de biodiversité » et que ses différentes applications peuvent avoir « des effets positifs et négatifs importants ». Elle précise les grands principes qui doivent guider les décisions « au cas par cas » concernant « une utilisation responsable » : veiller à ce que celles-ci soient scientifiquement fondées, prendre en compte des sources multiples de connaissances et de compétences et pratiquer la transdisciplinarité, appliquer une approche de précaution…

« L’UICN ne dit pas : allons-y ; elle dit : regardons la science, pesons les risques et les bénéfices et prenons des décisions informées », assure Susan Lieberman, vice-présidente de l’ONG Wildlife Conservation Society, qui était opposée à l’idée d’un moratoire. L’ONG met, par exemple, en avant le cas de la limule, une espèce d’arthropode menacée d’extinction, dont les cellules sanguines sont utilisées dans le domaine médical pour détecter des quantités infimes d’endotoxines. La biologie synthétique a permis de reproduire l’ingrédient actif du sang de la limule, sans avoir besoin de capturer et de saigner ces animaux, offrant une opportunité de conserver l’espèce et les oiseaux qui en dépendent.

« Les membres de l’UICN placent leurs espoirs dans des technologies à haut risque dont les résultats sont incertains, a, au contraire, réagi Franziska Achterberg, responsable des politiques pour Save Our Seeds, l’une des ONG à l’origine de la proposition de moratoire. La nature ne peut pas se permettre des expériences aux conséquences potentiellement graves et irréversibles – les mesures de conservation éprouvées doivent primer sur le forçage génétique spéculatif. »

Outre la biologie de synthèse, de nombreuses autres questions majeures pour l’avenir de la concertation ont été abordées à Abou Dhabi, quatre ans après le précédent congrès organisé à Marseille. Protection des glaciers et des écosystèmes postglaciaires, renforcement de la lutte contre les crimes environnementaux et le trafic d’espèces sauvages, préservation des monts sous-marins en abandonnant le chalutage de fond, soutien à l’initiative du traité de non-prolifération des combustibles fossiles, encadrement du marché naissant des « crédits biodiversité », reconnaissance du crime d’écocide, restauration des zones touchées par la monoculture d’eucalyptus…

« Multilatéralisme » et « coopération mondiale »
A trois semaines de l’ouverture de la COP30, au Brésil, dans un contexte géopolitique particulièrement difficile, une motion « réaffirme » également « l’engagement de l’UICN en faveur du multilatéralisme et de la coopération mondiale » pour faire face aux crises de la biodiversité, du climat et de la santé. « A l’heure où des pays interrompent leurs financements en faveur des actions de conservation, cette motion est sans doute l’une des plus importantes », insiste Susan Lieberman.

Au total, quelque 150 motions ont été approuvées, dont une quarantaine – les moins consensuelles – ont été examinées lors de l’Assemblée des membres à Abou Dhabi, les autres ayant été adoptées avant par le biais d’un vote électronique. La France est le pays dont le plus grand nombre de motions (38) a été adopté.

Source Le Monde
Voici ci-dessous la réaction de l’ONG Pollinis, à l’origine de ce moratoire rejeté

🗣️ On a appelé à la prudence… et l’UICN n’a pas écouté.

Le 15 octobre 2025, à Abou Dabi, les membres du Congrès de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) ont rejeté le moratoire sur le génie génétique des espèces sauvages (motion 133), soutenu par 90 organisations, dont POLLINIS, et ont adopté la politique sur la biologie de synthèse comme outil de conservation de la nature. Le rejet de la motion s’est joué à une voix près.

⚠️ Plus d’une centaine de scientifiques, dont des contributeurs à la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES), avaient également appelé à la prudence. Dans une lettre ouverte publiée avant le vote, ils ont averti que la libération d’organismes génétiquement modifiés dans les écosystèmes pourrait entraîner des impacts écologiques irréversibles.

Modifier le vivant pour « corriger » la nature contredit même la mission de l’UICN : protéger la hashtagbiodiversité. On ne joue pas avec le vivant.

💰 Derrière ce vote se cache l’influence des grandes entreprises et des lobbies du forçage génétique, qui ont réussi à orienter l’agenda de l’UICN. Les décisions de l’UICN ne devraient pas être guidées par les intérêts commerciaux.

✊ Mais nous pouvons encore agir !

Pour protéger la biodiversité, notre pétition pour un moratoire sur la biologie de synthèse est plus importante que jamais. Chaque signature envoie un message clair aux gouvernements : la nature n’est pas un laboratoire.

✍ Signez : https://lnkd.in/eWPPkJb7