La prolifération du sanglier un peu partout en France soulève beaucoup de questions et inquiète. 900.000 spécimens ont été tués par les chasseurs l’an dernier, c’est deux fois plus qu’il y a 20 ans.
Et cette multiplication a des conséquences notamment sur les routes, avec de nombreux accidents. Rien qu’au mois de novembre, 5 voitures ont été impliquées, au total, et deux personnes ont été blessées entre Rennes et Saint-Malo. On dénote aussi des collisions sur les périphériques de Caen, Nantes ou encore Amiens. Dernier exemple en date dans l’Aisne le week-end dernier, un homme de 28 ans a fait plusieurs tonneaux après avoir heurté un sanglier.
« J’EN AI EU POUR PLUS DE 5.000 EUROS »
Dominique habite près de Nantes en Loire-Atlantique. Lui aussi a croisé la route de cet animal: « Je devais rouler à 50/60 maximum, plusieurs sangliers me sont passés devant, je n’ai pas eu le temps de freiner et j’ai pris le plus gros. Ça sort de nulle part, et boum. La première habitation doit être à 500m, ils n’ont peur de rien. »
« Ça vous explose le pare-choc, toute la calandre, le radiateur. J’en ai eu pour plus de 5.000 euros », témoigne Dominique sur RMC.
Si ça vous arrive, il faut immédiatement prévenir la gendarmerie, prenez également des photos. Vous disposez de 5 jours pour alerter votre assurance qui ne remboursera les dégâts matériels que si vous êtes assurés tous risques.
Au niveau national c’est très compliqué d’avoir une idée du nombre d’accidents causés par les sangliers, parce que la sécurité routière ne dénombre que les accidents corporels, ceux où il y a eu un blessé. Or, la plupart des collisions avec des sangliers sont des accidents matériels.
UNE « SAISONNALITÉ »
Mais certains gestionnaires ont mis en place des outils pour mesurer le phénomène. C’est le cas du département d’Ille-et-Vilaine qui gère 4.500 km de routes. Richard Nevo, chef du service sécurité routière explique que « depuis quelques années, les accidents sur les sangliers se multiplient ».
« On a entre 200 et 250 sangliers sur le réseau routier départemental par années. On a réussi à constater une saisonnalité qui se trouve entre mi-octobre et mi-mars sur la présence de ces sangliers », explique-t-il.
Et concernant 2025, il n’a pas de doute, l’année « ne sera pas à la baisse ». « Il nous reste environ un mois et demi avant de la finir et on aura sans doute une légère hausse », analyse Richard Nevo.
La Direction interdépartementale des routes Ouest qui gère, elle, le réseau des routes nationales dans l’Ouest dénombre 299 collisions l’an dernier sur un peu moins de 1.500 kilomètres de route. Si on rapporte ces chiffres au million de kilomètres de route française, ça pourrait représenter plusieurs dizaines de milliers d’accidents par an.
POURQUOI LE SANGLIER PROLIFÈRE AINSI ?
Il y a plusieurs raisons. D’abord, il s’adapte très bien au changement climatique. Les hivers sont de moins en moins froids donc il y a moins de décès parmi les marcassins. Les laies sont aussi capables d’avoir deux portées dans l’année. Le recul des terres agricoles leur offre plus d’espaces pour se mettre à l’abri dans les friches. Enfin, les chasseurs ont participé au développement du sanglier en le nourrissant pendant des années pour avoir du gibier à disposition. (NDLR : et ils continuent. Cela s’appelle l’agrainage qui favorise le nombre de portées et d’individus par portée…)
Des chasseurs qui aujourd’hui sont chargés de les réguler et ils s’y emploient. En Ille-et-Vilaine, ils ont tué plus de 7.000 sangliers l’an dernier, notamment près des routes. André Douard, le président de la fédération départementale des chasseurs: « On sait les endroits, les remises à sangliers, au bord des routes qui posent problème. Donc nous remontons l’information auprès de l’administration. »
« Sur la 4 voies à Rennes-Saint-Malo, l’administration a organisé une battue administrative sur 15 kilomètres et on a tué 54 sangliers », raconte le chasseur.
« DÉPASSÉ »
C’était en mars dernier, pour clôturer une saison record avec 408 sangliers tués lors de battues administratives. C’est deux fois plus que l’année précédente. Serge Poirier est lieutenant de louveterie, c’est lui qui est missionné par le préfet pour mener ces battues. Et il croule sous les demandes des particuliers et des municipalités.
« J’y étais il y a 15 jours, dimanche prochain j’ai encore une autre battue administrative à faire, on n’arrête pas. Pour des plaintes suite à des dégâts, les municipalités m’appellent régulièrement », explique Serge Poirier.
Il se dit « dépassé » car « il y a des accidents avec des véhicules qui peuvent être graves quelques fois. » Une nouvelle battue administrative avec fermeture de l’axe Rennes-Saint-Malo devrait être organisée au début de l’année 2026. Elle permettra notamment de comparer les populations d’une année sur l’autre et de mesurer l’impact de ces battues.
Martin Lange avec Solenn Guillanton
Source : RMC
Photo : ©JBDumond2025

